‹ Ivan le TerribleChapitre 127 sur 228 · SYMPATHIES POLONAISES · texte numérisé non relu

SYMPATHIES POLONAISES

impériale. Mais la dot promise — les cinq tonneaux d or et le reste — demeurait à l'état de promesse. Réduit dans la petite ville de Karkhus à un fort modeste apanage, Mag^nus avait à mériter et l'arguent et la royauté qu'il attendait encore. Il s'y employait de son mieux avec un corps de Tatars joint à ses troupes allemandes, abandonnant les possessions suédoises mieux défendues et portant son effort sur les possessions polonaises, essayant de faire capituler le château de Salis et menaçant Pernau et Riga. Les grands seigneurs polonais et lithuaniens n'y voyaient qu'une raison de persévérer dans leur stratagème et d' " amuser » encore le terrible voisin moscovite avec l'appât d'une couronne qu'ils comptaient toujours lui refuser; mais la petite noblesse rimait : « By hyl Fiodor jak Jagiello — Dohrze by nam bylo. (Avec Féodor comme avec Jagellon — jSous serions heureux.) » Les rapports du nonce, Vincent Laureo, conSrmés par le témoignage des agents dantzicois généralement fort bien informés, ne laissent aucun doute sur les dispositions ainsi manifestées. (V. YiERJBOiSRi, Vincent Laureo, 1888, p. 69, 147, 238, 257, et FoRSTEN^ la Question de La Baltique, I, 627.)

Pour les mettre â profit, Ivan manquait d une connaissance suffisante du terrain sur lequel il avait à opérer. La différence profonde entre les conditions de la vie politique dans les deux pays lui échappait. Trompé par les apparences, interprétant à sa façon de souverain demi-asiatique les vœux exprimés en sa faveur, les messages par lesquels la Pologne et la Lithuanie semblaient l'appeler et se mettre à sa discrétion, plutôt que d'envoyer une ambassade qui eut sollicité les suffrages de ces électeurs d'avance conquis, il s attendit â en recevoir une de leur part. A la Diète préparatoire de Stezyça (mai 1575) la surprise fut grande de ne voir paraître qu'un simple courrier du tsar, qui déplus n'avait rien à offrir ni même â promettre. A la Diète d'élection, en novembre, on espéra obtenir mieux. Gagné lui-même à la candidature moscovite au point d'envoyer au tsar des modèles de lettres à adresser par lui aux principaux magnats, le primat Uchanski, chef du gouverne-

ment pendant l'interrègne, ne doutait pas que le tsar dut annoncer sa conversion au catholicisme. Députés et sénateurs inspectaient 1 horizon, envoyaient des courriers sur les routes au-devant de la mission moscovite et des propositions magnifiques, des largesses copieuses qu'assurément elle apporterait. Cruelle déception! A 1 heure décisive, tout ce qui arriva ce fut une lettre divan, rédigée en termes hautains et annonçant,/îo?«'^/m5 tard, une ambassade de rang moyen, comme il convenait en l'absence d'un souverain auquel elle pût être adressée.

Que se passait-il donc à Moscou ? Expédiée dès le mois d'août 1575 sous la conduite de Lucas Zakhariévitch jNovossiltsov, l'ambassade en question devait paraître à la Diète. Elle avait pour instruction d'y recommander la candidature de Féodor et de 1 appuver avec des promesses d'argent et d'honneurs distribuées parmi les principaux seigneurs. Elle restait maintenant en route, retenue par un ordre du tsar. Ivan s'était avisé d envover en même temps à Vienne un de ses hommes de confiance, Skobeltsyne, chargé de pressentir l'empereur au sujet d un accord dont l'héritage polono-lithuanien pourrait devenir 1 objet entre les deux puissrnces. La candidature du tsar au trône vacant ne se présentant pas dans les conditions qu'il eût souhaitées, les Polonais et les Lithuaniens tardant à lui apporter la couronne sur un plat d'or. Ivan faisait mine de céder à leur caprice, mais se rejetait en même temps sur une autre idée déjà agitée à plusieurs reprises en divers quartiers : celle du partage de 1 héritage en déshérence. Le fils de l'empereur, Ernest, était candidat : il prendrait la Pologne, et le tsar, renonçant à se mettre sur les rangs, s'adjugerait la Lithuanie. Skobeltsyne était revenu les mains vides : on croyait à Vienne avoir cause gagnée en Pologne. Mais, depuis, Ivan avait appris qu'on s'y repentait de l'accueil fait à son envoyé et qu'une ambassade impériale se trouvait en route pour Moscou. Novossiltsov devait donc attendre l'issue de cette négociation.

Cette fois, arrangeant trop à sa convenance des choses sur lesquelles son pouvoir absolu n'avait pas de prise. Ivan fit

une erreur complète de calcul : la Diète n'attendit pas ; en septembre 1575, se prononçant contre tout candidat moscovite et en faveur de Bathory, le sultan appuva sa recommandation par une entrée en campag^ne de 120,000 Tatars ; la panique régna à Varsovie, et, le 12 décembre, Bathory fut élu, concurremment avec Tempereur Maximilien lui-même, sur lequel une partie de? suffrages s'était portée à l'exclusion d Ernest.

Ce partage laissait évidemment encore une marge à la combinaison mise en avant par Ivan ; pourtant, entamés en janvier 1576 à ^Nlojaïsk, les pourparlers avec les envovés impériaux, Cobenzl et Prinz von Buchau, ne donnèrent aucun résultat. Plutôt que de devancer Bathory en Pologne, ainsi qu'il eût fallu, Maximilien s'obstinait à vouloir y imposer son fils et à demander l'appui du tsar pour cette candidature. Réclamant en plus lévacuation de la Livonie et une alliance contre le Turc, il offrait en échange à Ivan Gonstantinople et l'empire d Orient !

La partie était jouée et perdue.

l'élection de bathory

Ivan essaya encore de remettre au jeu. Assez maladroitement cette fois. YS Opritchnina lui tournait la tête en ce moment. Il écrivit séparément aux seigneurs polonais et aux seigneurs lithuaniens, recommandant Ernest aux uns, sous la menace des plus terribles représailles s'ils donnaient leurs préférences au candidat du sultan (Bathorv) ; se proposant lui-même aux autres, soit comme roi ou comme souverain de la Lithuanie détachée de la Pologne. Novossiltsov, qu'il laissait enfin continuer son chemin, le fortifia malheureusement dans sa méprise. Ghodkiewicz et Radznw ill déclaraient à l'ambassadeur qu'ils ne voulaient à aucun prix à'Obatora (sic). Ils n'avaient donné leurs voix à Maximilien qu'en désespoir de cause, ne voyant rien venir du côté du tsar. Ivan crut être encore maître du jour et du lendemain. On pouvait s'y

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tromper à la vérité. Aussi tard qu en avril 1576 le nonce Laureo manda à Rome qu au cas d une nouvelle élection rendue nécessaire par le partage des suffrag^es, la candidature moscovite l'emporterait certainement, en haine d Ernest. Mais il eût fallu toujours que Maximilien ou Ivan se hâtassent. Or, tandis quils perdaient un temps précieux, l'empereur parlementant de son côté avec les Polonais et le tsar envoyant à Vienne le prince Zakhar Ivanovitch Soujjorski pour renouer les néijociations de Mojaïsk, déjà Obaiura accourait à Varsovie et s'y faisait couronner.

Ivan ne désespéra pas encore, engageant maintenant l'empereur à une action commune contre F « usurpateur » . Mais, quand on lui pariait Pologne, Maximilien répondait Livonie, et, après sa mort survenue au cours de cette même année, Rodolphe continua de même. De toute façon ainsi, 1 élection se trouvant désormais hors de cause, le tsar se vit ramené à ce problème livonien, dont il put imaginer d'ailleurs que la solution, à son avantage, présenterait maintenant moins de difficultés. Bathory était roi; mais, comme Henri de Valois, il avait fort à faire dans son royaume. Une révolte à Dantzig, se refusant à le reconnaître, lui mettait sur les bras une grosse tâche supplémentaire, et l'échec que l'influence française venaitdesubirà Varsovie avait une répercussion à Stockholm. Abandonnant ses chimères et retrouvant ses brillantes facultés, Ivan s'occupa enfin de mettre les circonstances à profit. L'année précédente, voulant se donner les coudées franches en Pologne, il avait lâché la Suède et consenti à une trêve bizarre qui, de ce côté, suspendait les hostilités en Finlande seulement et dans la province de Novgorod. Aussitôt après, concentrant toutes ses forces en Livonie, il assiégea Pernau, point stratégique important dont Sigismond-Auguste avait fait une place d armes pour ses corsaires. Le tsar y perdit 7,000 hommes ; mais la ville fut prise, et tour à tour Helmet, Ermes, Rujen, Purkel eurent le même sort. Maintenant, laissant les Polonais de côté et revenant à son ancien plan qui consistait, on s'en souvient, à en finir d'abord avec les Sué-

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