‹ Ivan le TerribleChapitre 131 sur 228 · L'IMPRIMERIE · texte numérisé non relu

L'IMPRIMERIE

lui envoya un imprimeur doublé d'un apôtre, Hans Missenheim, porteur d une Bible protestante et d'autres livres de polémique religieuse. ]!sous ne savons pas bien ce qui advint de cette autre tentative. Lapôtre n'a pas laissé de traces; mais 1 imprimeur a fait des élèves, car en 1553 deux typojjraphes russes, Ivan Fédorov et Pierre Timofiéviev, et, en 1556, un fondeur de caractères, Vassili ^ikiforov, signalent leur présence à Moscou et à Novgorod. En 1564 fut achevée 1 impression du premier produit des presses indigènes. C étaient les Acles des Apôtres et les Epitres de smint Paul. Défectueuse au point de vue de l'orthographe, l'édition a bel aspect. Le travail des typographes fut malheureusement interrompu par l'émeute populaire. ^V. p. 99.) On se souviendra ici de Louis XI obligé de défendre contre des accusations de sorcellerie ses premiers imprimeurs recrutés à Strasbourg. Fédorov et Nikiforov durent chercher refuge en Pologne ; mais, en 1568, un émule, Andronik Xiéviéja, reprit leur besogne à Moscou même, en imprimant un Psautier, dont une autre édition parut, en 1578, à la Sloboda d'Alexandrov.

Des livres d église encore! Sans doute; mais dans ces livres les lecteurs d alors trouvaient, même en Occident, une foule de choses que nous avons désappris à y chercher. C'était toujours de la littérature, de la vie intellectuelle, et, avec les écrits d Ivan et de Kourbski, dont j'aurai à parler tantôt, avec ces récits de voyage que je viens de rappeler, cette même époque a vu, en Russie, les commencements d'une littérature profane — jusque dans le domaine de la fiction romanesque.

L esprit national en travail arrivait d'abord à transformer, en les amplifiant et en les adaptant aux événements du jour, certains récits d origine exotique qui faisaient partie de 1 héritage littéraire du siècle précédent. Ainsi dans la légende du prince de Valachie, Drakoul, 1 épisode des bonnets cloués par ordre du voiévode sur la tète des envoyés étrangers était appliqué à Ivan. Dans la fameuse épitre adressée par

lui au tsar, Ivachka Peresviétov parle de deux autres « petits livres " qu il aurait remis au souverain. L un nous reste inconnu; l'autre est une sorte de roman semi-politique, semihistorique, où les propos du palatin de Yalachie, Pierre — reproduits d ailleurs dans l'épitre — et les supplices infligés par le sultan Mahmet aux jugées prévaricateurs et gens de chicane servent à justifier le régime de terreur inauguré par Ivan. Ce récit a été publié dans les Mémoires de l'Université de Kazan^ en 1865.

En pénétrant dans le monde moscovite du seizième siècle par toutes ces voies, les influences extérieures y provoquaient des réactions très diverses. Dans la couche supérieure de la société, qui leur était la plus accessible; parmi ces boïars lettrés dont Kourbski fut le représentant le plus éminent, elles suscitaient naturellement des velléités analogues à celles que Louis XI avait eu à réprimer au siècle précédent. Portant avec elles un souffle de liberté, un germe de développement indépendant, elles poussaient à un conflit direct avec le régime autocratique qui se fortifiait simultanément par la vertu des atavismes locaux. Tout autre était leur impression sur l'esprit du représentant actuel de ce régime. Dans les leçons qui lui arrivaient de l'Occident Ivan n'apercevait, de son côté, que des indications pratiques pour la réorganisation de son gouvernement sur des bases plus modernes, mais nullement plus libérales. Entraîné dans une guerre coûteuse, il voyait tout ce qui lui manquait, au point de vue militaire, financier, administratif, pour s'y mesurer avec ses rivaux européens mieux outillés, et, quand il essayait de se donner le même outillage, tout le vieux monde de droits antiques, de privilèges héréditaires, de préséances familiales se dressait devant lui, et, jusque sur les champs de bataille, intervenait pour contrarier les évolutions, réduire les effectifs et désorganiser le haut commandement.

Le fils de Vassili n'était certes pas un adversaire du principe de famille, dont il tirait lui-même ses titres, voire des prétentions excessives. Il inclinait à se choisir des collabora-

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