DISGRACE DES FAVORIS
de Biélooziéro, Fasile commun des {grandeurs déchues. Dans son histoire d Ivan, confondant les événements et les dates, Kourbski a lié cette disgrâce avec la maladie et la mort d'Anastasie. Les ex-favoris auraient été accusés de 1 avoir empoisonnée. La tsarine est tombée malade en novembre 1559 ; elle est morte dix mois plus tard, donc postérieurement au double départ d'Adachev et de Silvestre, et la longueur ellemême de ses souffrances semble exclure toute hypothèse d'attentat criminel — qui d'ailleurs aurait sans doute reçu un autre châtiment. Après l'événement, Silvestre et Adachev ont été mis en jugement. La disgrâce est, elle aussi, une pente, et sans doute quelque sentiment de prudence ou quelque reste de complaisance ont empêché Ivan de donner du premier coup toute la mesure de son ressentiment. Cette fois encore, d ailleurs, les deux inculpés s'en tirèrent 1 un avec une relégation plus lointaine, au monastère de Solovki, sur la mer de Glace; l'autre avec la prison, après un court séjour à Fellin, en Livonie, où il eut le poste de voiévode et où il ne sut probablement pas se tenir tranquille. Évidemment l'attentat n'avait donc pas été admis par les juges, ni même probablement discuté : on n'était guère scrupuleux à cette époque en matière de preuves. Plus tard, en des accès de rage, en des cris de colère, où l'on croirait entendre quelque aurochs bramant dans les forêts après sa compagne, Ivan a reproché à ses amis infidèles de 1 avoir séparé de « sa génisse » . Mais alors encore, appelant Silvestre « au tribunal de l'Agneau divin " , il refusait, disait-il, de « se mettre en jugement avec lui » ici-bas. Et il se contredisait lui-même en accusant. Tantôt il voulait que les deux parvenus eussent cherché à mettre leur clientèle aristocratique sur un pied d'égalité avec le tsar, et tantôt il leur imputait le dessein de la ravaler à leur propre niveau. Il les blâmait de s être employés à opérer quelques-unes des réformes qui lui étaient les plus chères — et qu il poursuivait — telle la conversion des alleux en fiefs. Les griefs ainsi invoqués dans la correspondance du tsar avec Kourbski ne sont que des arguments de
polémique et, en matière de discussion. Ivan ne s'est jamais piqué ni d'exactitude ni de bonne foi. Pour mieux mettre en lumière l'ing^érence des tiers dans son gouvernement et atténuer ses propres responsabilités, il n hésitait pas à grossir et à dénaturer les faits. A l'entendre, Silvestre et Adachev l'auraient entièrement mis en tutelle, jusqu'à lui mesurer les heures de sommeil! c Jetais comme un enfant; je n'avais aucune volonté, d Et l'argument servait encore à rétorquer les reproches de Kourbski, se plaignant de fatigues excessives qui lui avaient été imposées. Par qui? N"était-il pas alors le maitre, en compagnie du pope et du '• chien Adachev tiré du fumier " ?
Entreprise et continuée contre 1 avis de tout le i! petit conseil " , la guerre de Livonie suffirait à faire justice de ces allégations. Après la prise de Kazan, <• tous les gens sages " , au témoignage de Kourbski, conseillaient au tsar de demeurer quelque temps dans la ville. Nous savons que le tsar n'en fit rien. Plus tard, en 1555, les mêmes donneurs d'avis eurent meilleur succès en engageant le souverain à ne pas fuir devant les Tatars. La mesure de leur influence incontestable ressort de ce rapprochement. Une indication sur le rôle particulier de Silvestre nous est fournie par une de ses lettres adressées au métropolite Macaire, à propos de la nomination d'un ihoumène. On y voit que le tsar avait recours au pope pour examiner les mérites des candidats en présence. Mais les conclusions de l'enquêteur devaient faire l'objet d'un rapport et, le souverain étant absent, l'affaire demeurait en suspens.
Depuis le jour où ils s'étaient refusés à prendre parti pour Dmitri, Silvestre et Adachev ne comptaient plus parmi les amis d Anastasie. Il est possible que leur destinée se soit ressentie de la fin prématurée de cette princesse, comme il est probable aussi que quelque autre événement que nous ignorons a précipité leur chute. Toute cette partie du règne reste très obscure.
Les dernières années de la vie de Silvestre échappent