‹ Ivan le TerribleChapitre 135 sur 228 · LES SUPPLICES · texte numérisé non relu

LES SUPPLICES

ég^alement à Thistoire. Adachev est mort en prison au bout de deux années. « S'ils ne m'avaient séparé de ma génisse, répétait Ivan, Saturne n'aurait pas eu tant de victimes! » L'aveu est à retenir. Kourbski parle d'une veuve, Marie- Madeleine, Polonaise d'orig^ine, accusée de relations criminelles avec Adachev et mise à mort avec cinq de ses fils. En même temps auraient été suppliciés plusieurs parents de l'ex-favori : son frère Daniel avec un de ses fils âgé de douze ans, et le beau-père de Daniel, Tourov ; trois frères Satine dont la sœur avait épousé Alexis Adachev; d'autres «ncore. Il y a eu certainement beaucoup de sang versé. Ivan inaugurait un système d'exécutions en masse, par familles ■entières, et la coulée rouge ne devait plus s'arrêter de longtemps. A la férocité qui était dans les mœurs du temps, même en Occident — on n'oublie pas les sanglantes hécatombes de Henri VIII et d'Elisabeth, de Philippe II et de Charles IX — il ajoutait 1 emportement de sa nature violente et le caprice d'un despote semi-oriental. Kourbski fait mention, à la même époque, d un prince Michel Repnine, invité à un festin par le tsar et s'y refusant à partager la gaieté générale, arrachant et foulant aux pieds un masque dont on voulait le revêtir. Quelques jours plus tard, Ivan l'aurait fait tuer dans une église pendant la lecture de l'évangile. Pareille aventure serait arrivée aussi au prince Georges Kachine. Sans tout à fait nier les faits, le souverain s'est défendu d'avoir profané les édifices sacrés. D'après Guagnino, un autre membre de la haute aristocratie, le jeune prince Dmitri Obolenski-Ovtchinine, aurait encore péri en même temps, à la suite d'une querelle avec le nouveau favori du tsar, le j-eune Fédor Basmanov, qu'il offensait par un propos infamant : " Mes ancêtres et moi avons servi le souverain à la façon des honnêtes gens, et toi tu le sers à la façon des gens de Sodome. » Mais sur ce point, Kourbski est en contradiction avec le chroniqueur italien, et voici encore une indication instructive pour le degré de confiance qu'il convient d'accorder à Kourbski lui-même. Parmi les amis de Silvestre

et d Adacliev enveloppés dans leur disgrâce, avec le prince Dmitri Kourliatev et d'autres membres plus obscurs du même groupe, massacrés ou exilés par douzaines, il désigne un prince Michel Vorotynski. Relégué une première fois en 1559, à Biélooziéro, rappelé en 1564 et renvoyé peu après aumème lieu d exil, ce seigneur, soldat valeureux, illustré sur maint champ de bataille, aurait passé la seconde fois par la chambre de question. Brûlé à petit feu en présence d'Ivan qui, avec son épieu, poussait lui-même les charbons ardents sous le corps du patient, il serait mort en route. Or nous avons sous les yeux des pièces officielles ayant trait au premier exil de ce personnage, et elles le montrent en jouissance d'un assez grand confort. Il se plaint qu'on ne lui ait pas envoyé des vins du Rhin et des vins de France, auxquels il a droit; il fait réclamer diverses provisions, poissons frais, raisins secs, citrons, pruneaux, pour lui, sa famille et ses douze domestiques, également entretenus aux frais du Trésor, en cet'e prison qui ne ressemble en rien à une géhenne. Se peut-il que, y traitant si bien les gens, on les tourmentât si fort avant que de les y envoyer? f Actes historiques, 1841, I, n" 174.)

Les seuls documents absolument probants que nous possédions, dans les dossiers des nombreux procès rattachés à celui de Silvestre et d'Adachev, ne parlent ni de tortures ni de supplices. Ces poursuites judiciaires sont généralement motivées par des velléités de départ imputées à tel ou tel boïar, et elles aboutissent invariablement à de simples mesures de précaution : acquittés ou graciés, les inculpés doivent prendre l'engagement de ne pas quitter le pays et fournir caution. C'est le cas du prince Vassili Mikhailovitch Glinski en 1561 et du prince Ivan Dmitriévitch Biélski l'année suivante, vingt-neuf personnages de marque, cautionnés eux-mêmes par cent vingt autres, donnant leu.vs signatures à cette seconde occasion.

On remarquera que la procédure ainsi employée impliquait une reconnaissance du droit invoqué par les intéressés. Théo-

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