‹ Ivan le TerribleChapitre 138 sur 228 · LA POPULARITE D'IVAN · texte numérisé non relu

LA POPULARITE D'IVAN

peine que l'exilé ait prise pour lui donner cette apparence, n'a jamais été le persécuteur de l'innocence opprimée; il est, il a toujours été « le destructeur de la trahison sur le sol russe » . Le peuple russe n'a vu, n'a compris que cela dans ce drame où il a joué le rôle du chœur antique, et aussi que, en maltraitant ou en massacrant les boïars, le tsar prenait la défense des petits et des humbles.

Ceci réclame une explication, et précisément la carrière de Kourbski peut y servir. Les historiens d'Ivan se sont refusé, pour la plupart, à admettre que ce despote ait eu le peuple avec lui. Qu'offrait-il à la masse des paysans, cultivateurs hier, demi-serfs aujourd hui, en attendant l'esclavage complet; toujours courbés sur le sol, attachés à la g^lèbe, et pressurés davantage, exploités avec plus de rigueur, en proportion des exigences croissantes de l'État? Les faits parlent cependant : Ivan a été chanté, loué et exalté par ce peuple d'ilotes dont il a augmenté l'esclavage et la misère. A certains degrés de souffrance tout changement est un bienfait, augmentàt-il la torture. En 1582, les paysans d'une des terres attribuées à Kourbski en Pologne portèrent plainte contre leur nouveau maître : ils en avaient connu d'autres qui certes ne leur rendaient pas la vie douce ; ils ne pouvaient s'accommoder de celui-là. La plainte fut trouvée juste, et l'on imagine comment ce même Kourbski en usait dans son pays d'origine avec les pauvres moujiks de sa votichina. Et il y avait des Kourbski par milliers, et celui-ci était encore un libéral, un homme de progrès ! C'est avec la haine qu'ils soulevaient tous qu'a été faite la popularité d'Ivan.

L'exilé est mort à Kovel en mai 1583. Devenue catholique en Pologne, sa famille est rentrée en Russie, y a repris la religion orthodoxe et s'est éteinte en 1777. Dans la lutte du nouvel ordre des choses avec l'ancien régime, champion le plus illustre du passé, Kourbski n'a été en somme ni un héros ni un martyr. C'est aussi pourquoi, avant de pénétrer avec eux au cœur de cette bataille, où les attend le fantôme sanglant de VOpriichnina, j'ai voulu montrer à mes lecteurs par

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son exemple avec quelle espèce d'adversaires Ivan avait à s'y mesurer (1).

(1) A consulter pour la biographie de Silvestre et d'Adachev : Mgr Léonide (d'après Golokhvastov), Silvestre et Adachev, Moscou, 1874: critique de ce livre par Zamvslovski, dans le fiecueil des sciences politiques, 1875, II; Jdaxov, Matériaux pour l'histoire de l'assemblée de 1551, dans la Revue du ministère de t'instr. publ., 1876, n°' 7 et 8. Quelques détails chez SerguiéiÉvitch, Antiquités juridiques, II, 367 et suiv. Documents dans la chronique de Ltov et dans la Tsarstviénnaïa Kniqa. — Pour Ivachka Peresviétov, détails biographiques dans une brochure de M. I. Sokolov, Résumé des dix années de travail de la commission de la Société archéologique de Moscou, 1902. — Pour Kourbski : Iasinsri, OEuvres de Kourbski, Pétersb., 1889; KorRBSRi^ ses OEuvres, édit. Oustrialov, Pétersb., 1868 (sa correspondance avec Ivan); Gobski, Biographie de Kourbski, Kazan, 1858; Opokov, Biographie, Kiev, 1872; Ivamchev, Vie de Kourbski en Lithuanie, Kiev, 1849; Kavelise, Notes sur l'histoire de Russie, dans le Messager de l'Europe, 1866; Artsybachev, Etude dans le même recueil, 1821; SoLOViOv, Histoire de Russie, vol. VI. — Documents : Biêi..sri, Recueil des écrivains, vol. XVII; Strtjrowski, Recueil des historiens polonais, 1766, vol. II; chroniques de Nyenstaedt, de Russov, d'Alexandre-Nevski. — Pour le droit de départ : Diakoxov, le Pouvoir des souverains inoscovites, Pétersb., 1889; SerguiéiÉvitch^ Etude, dans l'Observateur, 1887, n° 3.

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