L ABDICATION DIVAN
fenêtres de Mstislavski " , semblent avoir eu pour cause cette nouvelle trahison. En même temps, un tsarévitch de Kazan, établi comme tsar à Kassimov sous le nom de Siméon Bekboulatovitch, était proclamé « tsar de toutes les Russies » et installé au Kreml, tandis que, se dépouillant de tous ses titres et renonçant aux honneurs dus à son rang^, le vrai tsar se faisait simplement appeler « Ivan de Moscou » et allait en petit équipage, « dans des brancards » , faire sa cour au nouveau souverain comme le dernier boïar de son empire.
Que voulait dire cette comédie?
Il était dans les habitudes de la politique rtioscovite d attribuer aux anciens souverains tatars des établissements nouveaux, des territoires, où ils gardaient le titre de tsar et exerçaient un simulacre de souveraineté. On réussissait par là à s'attacher ces princes turbulents ; on évitait des relations difficiles avec la hiérarchie ombrageuse des « hommes de service » , et on faisait valoir auprès des khans de Grimée les égards ainsi témoignés au monde mahométan. Un autre tsarévitch de Kazan, Kaiboul, régnait de même à louriév (Derpt), et l'ancien tsar d'Astrakhan, Derbvch-Ali, à Zvenigorod. Siméon Bekboulatovitch eût sans doute fini ses jours à Kassimov, si en se faisant chrétien et en épousant la fille de ce même Mstislavski, dont je viens de parler, il navait rendu son maintien impossible dans ce tsarat. Les mahoniétans s'v trouvaient en majorité et réclamaient un prince de leur religion. Mais il n'y avait pas de place à Moscou pour un tsar tatar, même détrôné. Ivan coupa court à la difficulté en cédant au gendre de Mstislavski son trône et son titre. Gomment? Pourquoi? Mystère! Le fait seul échappe à l'incertitude. A partir de 1575 nous possédons un grand nombre de documents, où Siméon Bekboulatovitch prend officiellement le titre de « tsar de toutes les Russies » , et dautrcs documents nous montrent Ivan prodiguant à ce sosie les marques du plus profond respect, lui adressant des suppliques comme le premier venu de ses sujets, et descendant de sa voiture aux abords du palais abandonné à ce nouveau maitre. Gelui-ci
parait même avoir été couronné, bien que, sétant laissé aller à reconnaître le fait dans un de ses entretiens avec 1 agent anglais, Daniel Silvester, Ivan ait cherché ensuite à rattraper ses aveux. La chose n'avait rien de définitif, affirma-t-il alors en exhibant sept couronnes et d'autres insig;nes de la souveraineté qui lui restaient. Une couronne sur huit n'en avait pas moins passé sur la tète de Siméon.
La comédie a duré jusqu'en 1576, et c'est à peine s'il est besoin de dire que pas un instant, au cours de cet espace de temps, le fils de Vassili n'a songé sérieusement à abandonner à son substitut autre chose que les apparences de la souveraineté. Ce fut, on s'en souvient, l'époque des négociations ayant trait à 1 héritage de Pologne : Siméon Bekboulatovitch n y a jamais figuré. En 1576, à l'arrivée des ambassadeurs de 1 empereur, Cobenzl et Prinz von Buchau, Ivan fit comme si le nouveau tsar n'existait pas, et, peu après, il le congédia, en lui attribuant le duché de Tver, récemment dévasté, comme on sait, réduit aux deux seules villes, Tver et Torjok, avec leurs dépendances, et heureux de reconquérir ainsi une part d autonomie. Siméon v fut loin de faire figure de souverain indépendant à la façon des anciens ducs apanages : en écrivant à Ivan il signait « votre esclave " (kholopj. Il commanda un corps d armée dans les campagnes de Livonie et dans les guerres de la Pologne, n'y brilla pas et ne survécut à Ivan que pour expérimenter, sous ses successeurs, de cruels retours de fortune. Dépouillé de son duché par Féodor; privé de la vue par Boris Godounov, qui apercevait en lui un rival possible, il termina son existence en 1611 au monastère de Solovki, ou, d'après d'autres témoignages, à Moscou, après y avoir été rappelé en 1616 par Michel Féodorovitch.
M«is pourquoi la comédie?
Horsey lui a attribué des motifs d'ordre financier. Ivan se serait avisé de cet expédient pour opérer une sorte de banqueroute, en se déchargeant sur le tsar Siméon de certains engagements auxquels il ne parvenait pas à faire honneur. Dans un sens analogue, Fletchcr a fait mention d une confis-