‹ Ivan le TerribleChapitre 157 sur 228 · JENKINSON · texte numérisé non relu

JENKINSON

ment caparaçonné, et le lord-maire vint à sa rencontre. Philippe donna audience à l'ambassadeur en mars, à son retour des Flandres, et, en mai, diplomate novice, Nepiéïa considéra sa mission comme heureusement terminée, après les terribles épreuves du début. Il avait obtenu pour son pays une certaine réciprocité de privilégies : liberté de commerce en Angleterre, juridiction spéciale — celle du chancelier luimême — pour les sujets russes séjournant en territoire britannique ; permission d'y recruter pour le service du tsar des artisans, des ing^énieurs et des médecins. Il n'avait pas réglé la question essentielle des compétitions commerciales en territoire moscovite; mais pour cela, le renvoyant sur un bâtiment angolais qui prit la mer à Gravesend, Philippe et Marie comptaient sur le commandant de ce navire, destiné en effet à jouer un rôle considérable dans le rapprochement ainsi opéré entre les deux pays.

Il s'appelait Antoine Jenkinson et se trouvait engagée au service de la Gompag^nie moscovite avec 40 livres sterling d'appointements. Il valait mieux. Depuis 1546 il avait parcouru lEurope presque entière, ainsi que les côtes d'Asie et d'Afrique. Débarqué sur le sol russe en juillet 1557, il fit un long séjour d'études à Kholmogory et à Vologda et n'arriva à Moscou qu'en décembre. Bien accueilli par Ivan, il se révéla comme the right man in the riglit place, si bien qu'après avoir connu cet Anglais le souverain ne voulut plus s'accommoder d aucun autre. Il semble avoir été un spécimen accompli de cette race de business-men auxquels la Grande-Bretagne doit la place qu'elle occupe aujourd hui dans le monde : entente merveilleuse des affaires, largeur de vues, esprit d'aventure ne reculant devant aucun hasard, cœur de roclic et tempérament de fer. L'année suivante, après toute une saison d'hiver passée à Moscou, nous le retrouvons en avril à Astrakhan; en août, le premier des Anglais, il déploie le pavillon à la croix rouge sur les flots de la Caspienne. Avec deux de ses compatriotes seulement lui tenant compagnie, il emmène une énorme cargaison de marchandises : la charge de mille cha-

meaux, qu'il va louer tout à l'heure aux Turkmènes, en route pour Boukhara, à travers les steppes du Turkestan, et pour dautres pays sil est possible. Pourquoi pas la Chine ? Mais à Boukhara la guerre va le surprendre : le maitre de Samarkand menace la ville. Aussi avisé qu'audacieux, Jenkinson bat en retraite à temps, évite un siège et le pillage qui le suit, et, en septembre 1559, reparait à Moscou — avec une ambassade boukharienne et vingt-cinq prisonniers russes enlevés aux Turkmènes. Il offre au tsar des présents gracieusement accueillis : une queue de buffle blanc, un tambour tatar, et ramène en Angleterre une jeune Asiatique, la sultane Aura, qu il destine à la nouvelle reine, Elisabeth. A la vérité, il rapporte aussi la conviction qu'au point de vue commercial les pays d'extrême Orient qu'il a traversés sont de nulle ressource; mais il propose d organiser des relations avec la Perse, et, en 1561, il repart, se fait bien recevoir à Kazbin, capitale du schah Tamas, et gagne 1 amitié personnelle d'Abdul-Khan, le maitre du Chirvan.

Tout en s'occupant de conquérir ce nouveau marché et d"y assurer à son pays les privilèges déjà acquis en Moscovie, il poursuit line lutte serrée avec les concurrents italiens et brabançons. L'agent italien, Raphaël Barberini, a réussi à surprendre la reine Elisabeth en obtenant d elle une patente ; le voici qui s'emploie à répandre la conviction que les Anglais ne sont que des intermédiaires, amenant sur le marché moscovite des produits d origine hollandaise ou française. Jenkinson riposte en faisant souscrire au profit de la Compagnie moscovite une charte nouvelle qui confirme son monopole et l'étend des embouchures de la Dvina septentrionale aux rives de rOb, en y comprenant Kholmogory, Kola, Mezen, Petchora et Soloviétsk ; qui l'autorise seul à posséder une maison de commerce fdvorj à Moscou et des dépôts sur la Dvina, à Vologda, laroslav], Kostroma, Nijni-Novgorod, Kazan, Astrakhan, Novgorod, Pskov, Narva, louriév ; qui lui accorde enfin libre passage pour les marchandises expédiées sur Boukhara et Samarkand.

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