PROJETS D'ALLIANCE
quelfjue violence dans leurs démêlés soit avec leurs rivaux soit avec le tsar lui-même, les ag^ents de la Gompag^nie moscovite ne se sont pas employés à mênaxjer un bon accueil à une mission qui les inquiétait; le long^ silence d'Elisabeth avait enfin blessé et irrité l'irascible souverain. Le résultat fut que jusqu'en février 1569, par un procédé dont l'histoire diplomatique du temps offre des exemples fréquents à Moscou, l'ambassadeur demeura prisonnier dans la maison qu on lui assignait pour résidence, isolé et hors d'état de s'acquitter de son mandat. Quand, après quatre mois d attente, il réussit à obtenir une audience, ce fut sans qu'on lui rendit les honneurs habituels et sans que, suivant 1 usagée, le tsar l'invitât à sa table. Que se passa-t-il dans cette première entrevue? Nous l'ignorons ; mais elle semble avoir modifié les dispositions du souverain, car, quelques jours plus tard, Ivan engageait Randolph à reprendre le chemin du palais , en grand mvstère cette fois, au milieu de la nuit et sous un déguisement. L entrevue dura trois heures et nous sommes encore réduits aux conjectiu'es en ce qui la concerne. Le lendemain, le tsar partit pour sa sloboda et ne revint qu en avril; mais alors son attitude parut hoisquement changée du tout au tout.. Non seulement il consentait ù réintégrer la Compagnie moscovite dans la jouissance de ses anciens privilèges, mais il lui en accordait de plus .grands encore : liberté de commerce avec la Perse; permission. de chercher du fer à Vytchegda et d'opérer à son profit ujie refonte de monnaies à Moscou, Novgorod et Pskov; interdiction du port de Narva à la nouvelle société formée en Angleterje . et permission à l'ancienne de donner la chasse aux .vaisseaux des autres nationalités qui s'aventureraient dans la iper^ Planche.
Évidemment, Randolph avait flatté le souverain de quelque espérance nouvelle, dont un ambassadeur moscovite devait réclamer l'effet en allant à Londres.
Gé successeur de Nepiéïa s'appelait Savine. Hélas! après un séjour de dix mois sur les bords de la Tamise, il ne rapporta qu'une lettre d Elisabeth, rédigée en termes assez vagues et
nullement satisfaisants . A une promesse d'assistance , sur laquelle il eût été difficile de faire fonds, la reine ajoutait seulement 1 assurance renouvelée du plaisir qu elle aurait à recevoir le tsar avec les honneurs dus à son rsnig quand il lui conviendrait de devenir son hôte, ainsi qu'à prendre à sa charge les frais de son entretien. Au lieu de l'alliance rêvée, elle offrait une aumône.
Ivan se comporta comme si, en effet, on 1 eût tiré d un beau rêve, et il avait le réveil mauvais. Perdant toute mesure à son ordinaire, il adressa à Elisabeth une réponse dans le stvle même des épitres dont, à la même époque, il gratifiait le roi de Suède. Il ne voulait pas admettre que la reine se fût portée d elle-même à faire aussi peu de cas d'un souverain descendant des Césars romains, et il lui écrivait donc : « Je crovais que tu étais maîtresse chez toi et libre de tes volontés ; or, je vois que tu te laisses gouverner par des hommes. Et, quels hommes? De simples moujiks! Tu n'es toi-même qu'une vulgaire ûWe fpochlaïa diévitsaj et tu te conduis comme telle. Je renonce donc à entretenir des relations avec toi. Moscou peut se passer des moujiks anglais. »
Les injures n'étaient rien : remplaçant les madrigaux qu'Elisabeth avait l'habitude de recevoir, elles ne pouvaient que la faire sourire ; mais, avant que le message arrivât à Londres, la nouvelle y parvenait que le tsar avait enlevé à la Compagnie Moscovite tous ses privilèges, anciens ou nouveaux, confisqué ses marchandises et mis son commerce en interdit. Ceci présentait une autre gravité. Perdus, les débouchés qu'on venait de conquérir au prix de si grands efforts! Évanoui, l'espoir d'enlever les marchés orientaux aux Vénitiens et aux Portugais! Il fallait conjurer ce désastre, et un seul homme semblait de taille à y réussir. Tout en confiant une nouvelle ambassade d'apparat à Robert Best, ancien agent de la Compagnie, Elisabeth lui adjoignit Jenkinson.
Mais, agissant en chef de mission indépendante, le hardi explorateur eut lui-même à se ressentir cruellement d'abord du changement des circonstances. Débarquant en juillet 1571