L'AFFAIRE SECRÈTE
dans une ile de la baie de Saint-^'icolas, appelée Rose-Island par les navigateurs anglais, à cause des roses sauvages quils v avaient trouvées, il se fit annoncer à Moscou par un ancien interprète de Savine, Daniel Silvester, qui ne put passer ni envoyer de ses nouvelles à cause de la peste qui ravageait le pays depuis l'invasion des Tatars et faisait établir des quarantaines et des barrières sur toutes les routes. Un autre messager faillit se faire brûler vif en essayant de forcer la consigne. Ivan faisait dailleurs campagne contre la Suède, et, au dire des autorités russes, il ne fallait pas songer aie rejoindre. A les entendre encore, Jenkinson y aurait risqué la vie, car, le rendant personnellement responsable de Jéchec.de ses propx)sition3^ le tsar avait déclaré quil lui ferait couper la tête s'il osait reparaître sur son territoire.
2sLillement effrayé, mais traité en conséquence par le gouverneur de Kholmogory qui lui refusait logement, vivres et protection, en butte à l'hostilité des habitants, l'Anglais ,se morfondit, jusqu'en janvier 1572, dans cette station inhospitalière; puis, payant d'audace, réussit à se faire livrer passape et ne craignit pas d'aller chercher le Terrible dans son repaire — à>Alexandrx)y..Il était sans doute parvenu, entre temps, à se.-jj^stiifier, t^r;r,accueil du souverain fut des plus gracieux. Brusquant les cérérponiies de l'audience publique obligatoire, Ivain eut hâte d arriver à un entretien confidentiel, où il ne garda auprès de lui que deux de ses intimes. Selon la coutume, à l'affaire qui seule lui importait, il en mêla dix autres : il parla longuement de certains marchands anglais qui s'étaient trouvés porteurs de lettres injurieuses pour lui ou pour son gouvernement, et, seulement après mille détours, arriva au fait : où en était 1' <i affaire secrète ^i dont il avait entretenu Jenkinson et au sujet de laquelle Randolph avait pris des engagements positifs? Réponse de Jenkinson : « J'ai fait part textuellement à la reine des propositions qui lui étaient adressées par mon intermédiaire et, les ayant agréées^ Sa Majesté a chargé Randolph d'en traiter; mais celui-ci nie avoir pris des engagements quelconques à leur sujet. Un malen-
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tendu, imputable à Terreur d un interprète, a dû se produire. " A l'appui de ses assertions, le nég^ociateur exhibait une lettre d Elisabeth.
Ivan fut sans doute agréablement surpris de n y pas trouver de réplique à ses insolences. Avec beaucoup de dignité, la fille d Henri VIII se contentait de dire que ses sujets ne lui donnaient aucun motif de mécontentement ou de crainte qui l'engageât à chercher asile en quelque pays étranger que ce fût. A cela près, elle demeurait dans les meilleures dispositions pour le tsar, et, pour peu qu'il consentit à oublier ses griefs légiiimes contre les marchands anglais et à leur rendre leurs privilèges, elle se déclarait prête à lui donner les témoignages les plus certains de son amitié. L'habileté de Jenkinson fit sans doute que le Terrible prit pour une marque de déférence ce qui n était qu'une preuve de dédaiii. Elisabeth ne répondant pas par des gros mots, il se tint pour satisfait et fat désarmé. Après quelques hésitations, accordant à Jenkinson une nouvelle audience à Staritsa, il se monti'a disposé à rendre sa faveur, sans conditions, à la Compagnie moscovite et à son chef principal, William Garret. Il renonçait, pour le riioment, à toute entente secrète, et, comme Jenkinson lui demandait les noms des sujets anglais dont il avait eu à se plaindre, très dignement, à son tour, il répondit : ^ A quoi bon? Si je leur ai pardonné, ce n'est pas pour que vous les fassiez punir par la reine. »
Quelles arrière-pensées il gardait à ce moment, nous ne saurions le dire ; mais le succès de Jenkinson se montra aussi éphémère qu il était personnel. En juillet 1572. 1 habile diplomate quitta la Moscovie pour toujours, et, l'année suivante, renvoyé par la Compagnie moscovite à Lond^eèy Silvester y fut porteur de mauvaises nouvelles : invoquant de« relations que les marchands anglais étaient censés avoir nouées avec lo roi de Pologne, Ivan leur imposait des amendes sous forme de taxes, moitié moins fortes en vérité que celles auxquelles les autres étrangers se trouvaient soumis, mais contraires cependant aux franchises précédemment octroyées. Et lancicn