‹ Ivan le TerribleChapitre 161 sur 228 · DESACCORD · texte numérisé non relu

DESACCORD

interprète ne doutait pas que ce renouveau d'hostilité ne fut motivé par le désappointement que le tsar éprouvait au sujet de ses projets dalliance. Elisabeth se décida alors à charjjer Silvester lui-même dune nouvelle mission : elle consentait à traiter avec Ivan aussi secrètement qu'il plairait au souverain moscovite; mais elle ne pourrait pas donner à ses sujets l'idée qu'elle fut en dang^er au milieu d'eux sans se mettre en effet dans une situation périlleuse. Silvester devait essaver de le faire comprendre au Terrible.

Il le trouva, en novembre 1575, dans la nouvelle demeure qu'il s'était fait bâtir au Kreml et où il prétendait vivre en simple particulier, après avoir abandonné le Kreml et le trône au tsar Siméon. » Vous voyez, dit-il à lenvoyé anglais, que j'avais. raison de faire appel à votre maîtresse et elle n'a pas ag^i sagement en repoussant mes propositions. » Silvester en était encore à se demander ce qu'il devait penser de cette nouvelle situation qui n'avait pas été prévue à Londres et comment il pouvait s'y accommoder, quand, le laissant à ses réflexions, 'Ivan quitta la capitale pour aller à la rencontre des ambassadeurs de l'empereur qui arrivaient. Au retour, le souverain parla un tdui autre lang^ag^e : <; S il ne recevait d Elisabeth pleine et entière satisfaction, tout le commerce de son empire serait livré aux Vénitiens et aux Allemands. »

L'envoyé dut porter cet ultimatum à Londres. Nous i/jnorons quelle réponse il rapporta, car, à son retour, il fat tué par la foudre à Kholmogforv et ses papiers brûlèrent avec la maison qu il habitait. Elisabeth avait-elle cédé? Gela est admis par celui des historiens russes qiii a étudié le plus à fond ce chapitre d histoire fTOLSTOï, les Relations de l'Angleterre et de la Russie, p. 31); cela est pourtaiit peu probable, car, au cours des trois années suivantes, les relations entre les deux pays paraissent avoir été entièrement interrompues, Pour les renouer, il a fallu qu'Ivan :-e laissât su/jg^érer une nouvelle chimère, dont l'inspirateur semble avoir été un des étrang^ers qui, depuis la mission de Savine, appartenaient à 1 entourage du tsar.

Il s'appelait Elisée Bomel, ou Bomelius. Orig^inaire de Wesel, en Westphalie, il avait étudié la médecine à Gambridjye, mais s'occupait surtout d'astrologie, et la réputation qu'il s était acquise dans cette science lui valait précisément de se trouver en prison, par ordre de l'archevêque de Londres, au moment de l'arrivée de Savine. Comme on ne consentait à le relâcher que s'il quittait l'Ang^leterre, il se décida à suivre l'envoyé moscovite et à prendre du service chez le tsar. A ^loscou, il g^agna promptement une g^rosse fortune et une fort mauvaise réputation, passa pour le préparateur attitré des poisons destinés par le souverain à ses victimes. On l'accusait aussi de corrompre l'esprit d'Ivan en lui tenant des propos offensants pour la religion et en l'engageant précisément à chercher refuge en pays étranger.

Ainsi que nous l'avons vu, le Terrible n'avait pas attendu l'arrivée de cet aventurier pour porter ses vues sur TAngleterre, peut-être même sur Elisabeth; mais divers indices font supposer que Bomel s'est employé à diriger ses ambitions sur une nouvelle piste. Il ne lui fut d'ailleurs pas donné de participer au développement de l'intrigue ainsi amorcée. Impliqué en 1579 dans un complot, où les haines et les jalousies qu'il excitait ont sans doute contribué à faire admettre sa culpabilité, il périt dans d'affreux tourments. Sa femme, Anne Richards, une Anglaise, resta cependant en Russie et, avec quelques compatriotes, un autre médecin, Richard Elmes, un apothicaire, Richard Frensham, elle ne fut renvoyée en Angleterre qu'après la mort divan, à un moment où tous les étrangers se trouvèrent frappés de proscription.

Bomel avait été détesté et dénoncé comme Allemand plutôt

que comme Anglais, et, tout en ordonnant le supplice du malheureux astrologue, le Terrible se montra disposé à rentrer en conversation avec l'Angleterre sur de nouveaux frais.

En 1580, un agent de la Compagnie moscovite, Jérôme Horsey, fut chargé par le tsar d'obtenir d'Elisabeth lenvoi d'une certaine quantité d'approvisionnements militaires : plomb, cuivre, salpêtre, soufre, poudre. Ivan était alors en train de se mesurer avec Bathory. Mais, cachées dans un flacon d'eau-de-vie, les instructions données à Horsey ne se bornaient pas à cette requête. ^Bomel s'en étant mêlé, le tsar songeait plus que jamais à chercher autre chose en Angleterre. Si Elisabeth s'obstinait à refuser tous les prétendants, elle avait des parentes en âge d'être mariées-.

Au printemps de 1581, Horsey ramena treize vaisseaux chargés de produits demandés, plus un lot de chirurgiens et de pharmaciens, et, pour remplacer Bomel, un médecin dont Elisabeth prétendait faire grand cas, si bien qu'elle se privait, disait-elle, en l'envoyant au tsar. Plus connu en Russie sous le nom de Roman Élizariév, de son vrai nom Jacques Roberts, ce praticien, qu'il en eût ou non la commission, se chargeia de fixer les pensées d'Jvan en lui indiquant celle dés parentes- de la reine sur laquelle il devait porter son choix.

Au cours de cette même année, un ambassadeur moscovite, Fédor Ivanovitch Pissemski, fit voile pour l'Angleterre avec la mission officielle de négocier un traité d'alliance et la commission officieuse d'entamer des pourparlers pour le mariage de son maître avec une nièce de la reine — la fille du " prince Titounski » (sic). Il s'agissait de Marie Hastings, fille de lord Huntingdon. Sa grand'mère était cousine germaine d Elisabeth,

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