MARIE HASTINGS
Ivan venait de contracter une sixième union avec la fille d'un de ses conseillers de conv fdoumnyï dvorianinej, Marie Nagaïa. Mais cela ne comptait toujours pas : cela comptait si peu que le père. AthanaseXagoï, avait fait partie de la commission chargée d interroger Roberts sur cette autre épouse en perspective. Avant le départ de Pissemski, en juillet 1581, débarqua à Arkhangelsk un représentant des marchands anglais commerçant avec la Russie. Il apportait une lettre dÉlisabetli, datée de Westminster 23 janvier 1581, avec des représentations au sujet du roi de Danemark, qui créait des obstacles au commerce anglais : comme souverain de la Nçrvèg-e et de llslande, ce prince prétendait prélever des droits sur tous les vaisseaux naviguant entre ces deux pays. L'ambassadeur eut ^onc à porter la réponse du tsar sur ce point spécial. Ivan |)foposait à la reine de faire convoyer par des bâtiments de guerre les marchandises dirigées sur les ports russes sous pavillon anglais. Mais, avant toutes choses, Pissemski devait obtenir dÉlisabeth la permission de voir " la princesse Titounski » . Il l'examinerait avec soin, prendrait note de sa figure, de son teint, de sa taille et de son embonpoint; recueillerait des renseignements sur son àg^e et sur ses relations de famille: tacherait enfin de rapporter son portrait ainsi que des mesures exactes « prises sur du papier » . Si on lui objectait le mariage récent du souverain, il répondrait que, contractée avec la fille d'un simple boïar, cette union ne tirait pas à conséquence. Elle n empêcherait pas la nouvelle épouse de prendre le rang de tsarine. Quant aux enfants à naître du mariage projeté, le trône étant réservé au tsarévitch Féodor, ils recevraient des apanages convenables. Bien entendu, la future tsarine aurait à changer de religion avec toutes les
personnes de sa suite qu'elle désirerait garder auprès d'elle. Enfin, la conclusion d une alliance en bonne et due forme devait précéder les fiançailles. Ivan ne sollicitait pas une faveur : il offrait sa personne en échange d'un avantap^e poli tique. Pour que Marie Hastings devint l'heureuse rivale de Marie Nagaïa, il fallait que 1 Angleterre consentit à prêter au tsar ses armées et ses flottes contre Bathory.
Pour les questions commerciales à régler, un des agents de la Compagnie moscovite, Égide Grew, était adjoint à Pissemski, qui emmenait encore, en qualité d'interprète, le médecin Roberts, chargé, de son côté, d'une mission particulière : il devait informer Elisabeth du dessein formé par le tsar de se rendre secrètement en Angleterre. Ivan, on le voit, combinait un assaut en règle qui, cette fois, pensait-il, était destiné à faire une réalité de son rêve obstiné.
Arrivant en Angleterre en septembre 1582, Pissemski eut sa première audience à Windsor, le 1 1 novembre seulement. A ce moment, une partie de sa mission semblait être devenue sans objet : dans sa lutte avec Bathory, Ivan avait déjà subi la loi du vainqueur et accepté la paix. L ambassadeur moscovite fit mine d ignorer cet événement. Vraisemblablement, il se trouvait déjà en possession d'instructions nouvelles lui prescrivant de poursuivre quand même la conclusion de l'alliance projetée et de préparer ainsi une reprise des hostilités contre la Pologne victorieuse. Il ne voulut pas en convenir, et se donna un rôle d'autant plus ridicule qu'un envoyé de Bathory se trouvait à Londres et n'y perdait pas son temps. Les archives polonaises comme les archives anglaises étant muettes sur cet épisode, ou demeurant inexplorées, nous n'avons pour nous éclairer à son sujet que l'attitude du cabinet anglais vis-à-vis de l'ambassadeur moscovite. Elle semble indiquer qu à son arrivée Elisabeth avait déjà pris parti ou était sur le point de le prendre et que, sur le terrain diplomatique, la Pologne l'emportait encore. Pissemski montrant un grand empressement à entrer en matière, on recula de semaine en semaine, sous divers prétextes, l'ouverture des
nép^ociations : c'étaient des fêtes de cour; c'était la peste. «La peste ne vous empêche pas de traiter avec le Polonais! " fTiommelait le Russe. Il dut attendre que le Polonais fût parti et alors, plus expérimenté, il se serait aperçu qu'on ne cherchait qu'à réconduire honorablement. Solennellement introduit par le comte Leicester, lord Howard, sir Christophe Hatton et le comte Huntingdon lui-même, il remit à Elisabeth les présents du tsar, les siens et ceux de son adjoint principal, porteur d'un nom de mauvais augure : Niéoudatcha (en russe : insuccès) C'étaient, comme à l'ordinaire, des peaux de martre par douzaines. Au rapport de l'ambassadeur, Elisabeth se montra fort aimable, » elle commença à être gaie » , demandant des nouvelles du tsar, disant qu'elle l'aimait comme un frère, qu'elle serait heureuse de le voir et de faire alliance avec lui. Mais, après l'audience, il fut moins que jamais question de négocier. A la fin du mois, Pissemski n avait reçu qu'une invitation à courre le cerf! Un peu rudement, il répondit qu'il n'avait pas de temps à perdre en amusements et que, d ailleurs, lui et ses compagnons ne mangeaient pas de gibier en cette saison : on était en carême. Enfin, après avoir consenti de fort mauvaise grâce à prendre part au divertissement proposé, le 13 décembre, il eut nouvelle que le comte Leicester, lord Hunsdon, sir Christophe Hatton et le secrétaire Francis Walsingham étaient désignés pour traiter avec lui. Les conférences devaient avoir lieu à Greenwich et des représentants des marchands russes ayant des intérêts en Russie allaient y assister.
Dès le début, on se trouva en désaccord sur la base des négociations. Offrant à l'Angleterre une exemption de tous droits sur les marchandises russes par elle exportées, Pissemski demandait son alliance contre le roi de Pologne, « auquel le pape, l'empereur et d'autres souverains prêtaient assistance " . — «Mais, lui répondait-on, votre maître s'est réconcilié avec le roi de Pologne par 1 entremise du pape. " Le Moscovite s'entêtait dans son parti pris de grosse malice : » Le pape peut dire ce qu il veut derrière le dos des gens. Ecrivant