MARIE HASTINGS
à la reine, le tsar a appelé Bathory son ennemi; c'est donc qu'il en est ainsi. » Il n'y avait guère de chances pour qu'on pût s'entendre dans ces conditions. Ce qui importait le plus à Elisabeth, pour l'heure, c'était de mettre son commerce de la mer Blanche à labri des entreprises du Danemark. Pour ménap^er le tsar et son ambassadeur à cet effet, elle consentit, en janvier 1583, à accorder une audience secrète à Pissemski qui, de son côté, voulait entamer l'affaire du mariage. Mais, en arrivant à Richmond à l'heure dite, le Russe ne fut pas peu étonné de trouver le palais en fête : musique et danses. On lui expliqua que c'était tous les jours comme cela, et la reine quitta d'ailleurs le joveux tourbillon pour recevoir Tambassa- ^ deur, en aparté, avec le seul Roberts, indispensable comme interprète. Niéoudatcha ne fut appelé qu'une heure après, et, s'excusant, Elisabeth lui dit qu" " elle s'était laissé entraîner par la conversation » .
De cette conversation, Marie Hastings, on le devine, avait fait les frais. Comme Pissemski insistait pour qu'on lui permît de voir la jeune fille et de la faire peindre, la reine avait montré un grand embarras : elle eût été très heureuse de contracter des liens de famille avec le tsar, mais elle s'était laissé dire qu'il aimait les belles femmes et Marie Hastings manquait de beauté. De plus, elle venait d avoir la petite vérole et on ne pouvait songer à faire son portrait en ce moment. La rusée souveraine fit cependant mine de discuter les conditions du mariage. Elle s'inquiéta du sort des filles que pourrait avoir sa nièce. « Nos souverains, déclara fièrement Pissemski, marient leurs filles avec des potentats étrangers. " Et il cita le cas, d'ailleurs unique depuis des siècles, de la princesse Hélène mariée en 1495 au roi de Pologne, Alexandre. Mais, avant d'arriver au mariage, il fallait passer par 1 alliance. L'ambassadeur avait remis un mémoire à ce sujet et attendait la réponse. Elisabeth promit d'en presser l'expédition, et ce fut tout.
Deux mois se passèrent encore, et quand, à bout de patience, l'ambassadeur eut enfin entre les mains cette
réponse si lente à venir, quelle déception! La reine consentait à sallier avec le tsar et à lui prêter main-forte contre tous se& ennemis; mais, en retour, elle demandait pour 1 Angleterre le monopole de tout le commerce extérieur de la Russie! Pissemski fit preuve de naïveté une fois de plus, en ne comprenant pas quon se moquait de lui et de son maître. Il ergota, chicana sur les termes du document, comme si le fond ne suffisait pas pour le rendre inacceptable. On avait qualifié ses ouvertures de « sollicitations » et désigné le tsar comme li neveu » de la reine. Les négociateurs anglais offrirent de changer le style de l'instrument, mais non les conditions. En avril, ils convièrent lambassadeur à un banquet, où dix-sept hauts dignitaires, Edouard Clinton, comte de Lincoln, Georges Talbot, comte de ShreAVsbury, Thomas Radclyffe, comte de Sussex, Ambroise Dudley, comte de Warwick, Francis Russell^ comte de Bedford, etc. , s'attablèrent avec lui, et où la reine but à la santé divan, et, à l'issue du festin, ils annoncèrent à Timportun diplomate que la reine allait lui donner son audience de congé. IS ayant pas, à ce qu il disait, d instructions pour accepter les contre-propositions anglaises, le mieux n'était-il pas qu il retournât dans son pays afin de s'y faire donner de nouveaux pouvoirs?
Le malheureux se récria : « Et l'affaire du mariage? » Oa répliqua en exhibant des gazettes qui annonçaient la naissance d'un fils donné au tsar par Marie Nagaïa. Pissemski fit encore celui qui ne sait rien et ne veut rien savoir : » De méchantes gens répandaient ces fables pour empêcher le bien entre son maitre et la reine. » Il montra tant de colère et se démena si fort que, tout compte fait, Elisabeth décida de se prêter à une comédie — car nul doute que ce n'en fut une — assez j)ropre, il faut en convenir, à donner le change à l'ambassadeur et à maintenir Ivan dans ses illusions. Le 17 mai, Pissemski fut engagé à se rendre, en compagnie de Roberts seul^ à la maison de campagne du chancelier, lord Bromley. Après lavoir reçu cérémonieusement sur le perron, celui-ci le conduisit au jardin où des rafraîchissements étaient préparés. Peu