LA FIANCEE DC TSAR
après, un^roupe de femmes parut dans une allée. En tète, entre lady Bromley et lady Huntingdon, marchait celle que l'ambassadeur se plaisait déjà à appeler « la fiancée du tsar » . On se salua de loin, le chancelier disant à Pissemski que la reine avait ordonné de lui montrer sa nièce « non dans une chambre, mais en plein jour, pour qu'il pût mieux la voir » . Le Russe écarquillait les yeux. On l'invita à faire un tour dans le parc, en s'arrangeant pour qu il trouvât plusieurs fois sur son chemin l'objet de sa curiosité, après quoi Bromlev lui demanda : « Lavez-vous bien reg^ardée? — J'ai obéi à mes instructions » , répondit-il, et il écrivit dans son rapport : " La princesse de Hountinsk, Marie Hantis (sic), est de taille élevée, mince et blanche de peau; elle a les yeux bleus, les cheveux blonds, le nez droit, les doigts des mains longs et effilés. »
Horsey a raconté à sa façon cette scène qui, dans le récit de Pissemski, dont je viens de reproduire les traits essentiels, peut bien aussi avoir subi quelques retouches. Le narrateur anglais veut qu'à la vue de la " fiancée » , l'ambassadeur, saisi d'émotion, se soit enfui à reculons en disant qu il devait se contenter d'un seul regard jeté sur Vange qu'il crovait destiné à^devénir la femme de son souverain. Mais Horsev n'était pas là et l'ange approchait de la trentaine.
Elisabeth voulut se donner le plaisir de suivre la comédie jusqu'au bout. Faisant venir Pissemski, elle exprima à nouveau le regret que sa nièce n'eut pas assez de beauté pour plaire au tsar. « Je pense qu'elle ne vous a pas plu à vous^ même, » disait-elle. Mais le Russe tenait bon :
— Je crois qu'elle est belle; le reste est l'affaire de Dieu.
Et il insista pour que la reine lui fit connaître ses intentions à ce sujet. Mais déjà Elisabeth avait imaginé un autre moyen dilatoire : elle ferait accompagner Pissemski en Russie par un de ses hommes de confiance qui, en qualité d ambassadeur, aurait les instructions et les pouvoirs nécessaires. L'audience de congé suivit de près; Pissemski y recueillit une nouvelle provision de compliments et de protostations damitié banales, avec 1 assurance que la reine laisserait passer par son terri-
toire tous les envoyés du tsar adressés par lui aux souverains étrang^ers, le pape seul excepté. « Que votre maître ne me livre pas au pape ! " aurait dit Elisabeth. Il est à supposer que Roberts fut encore, en cette circonstance, un interprète infidèle. A la mi-juin, le portrait de Marie Hasting^s se trouva prêt, et, après avoir assisté à une revue de la flotte anglaise — vingt-quatre vaisseaux de soixante-dix ou quatre-vingts canons, montés chacun par mille hommes et plus — Pissemski et Nieoudatcha s'embarquèrent en compagnie de Jérôme Bowes, l'ambassadeur choisi par la reine. Le choix, bien qu'il tombât sur un diplomate de carrière, n était pas heureux.