NEGOCIATIONS ORAGEUSES
» Bowes. — Ma maîtresse est aussi g^rande princesse que quiconque dans la chrétienté, é/jale à ceux qui se croient les plus grands et capables de tenir tête à tous.
« Le tsar. — Vous voulez dire les rois de France et d Espa/jne ?
« Bowes. — Certes ! Je crois la reine en situation de marcher de pair avec eux !
« Le tsar. — Et avec l'empereur?
« Bowes. — Le roi, père de ma maîtresse, a eu naguère l'empereur à sa solde dans ses guerres avec la France... »
S il faut en croire l'ambassadeur, ces paroles auraient mis tellement Ivan hors de lui qu il serait allé jusqu'à menacer son hôte de le faire jeter par la fenêtre, à quoi Bowes aurait répondu que le tsar était le maître, mais que la reine d'Angleterre savait venger les injures qu'on faisait à ses représentants. Là-dessus, le Terrible congédia brusquement son hardi interlocuteur, et, aussitôt que celui-ci fut parti, il parla de lui avec éloge, disant qu'il serait heureux d'avoir de tels serviteurs.
Les textes russes sont muets à ce sujet. Ils veulent que, une dispute s'engageant sur les impertinences de Bowes, niées par celui-ci et affirmées par les négociateurs russes, le tsar y ait coupé court par un long discours sur les origines du commerce anglais en Russie, les causes qui avaient déterminé le retrait partiel des privilèges excessifs dont il s était trouvé nanti d abord, et les raisons qui s'opposaient à ce qu'on les lui restituât. Les sujets de la reine étaient loin d approvisionner le marché russe de façon suffisante et convenable. Retirant une bague de son doigt, Ivan assurait que de Valle ne la lui avait fait payer que 60 roubles et 1,000 roubles seulement la grosse émeraude qu'il portait à son bonnet. Les Anglais n'apportaient pas de pierres précieuses et vendaient toutes leurs marchandises à des prix exorbitants. La bague valait 300 roubles et l'émeraude 40,000, sinon davantage; Bowes dut en convenir. Par Pissemski le tsar avait d autre part réclamé des draps, des soieries de bonne qualité et des dentelles. II atten-
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(lait encore les dentelles, et les draps comme les soieries, estimés très cher, ne valaient rien. On en recevait de Polojjne qui avaient bien meilleure apparence. Sur un sigfne du souverain on apporta des étoffes, et tout en les palpant et en faisant des comparaisons, auxquelles Bowes opposait une nouvelle déclaration d'incompétence, Ivan continua à pérorer. Que signifiait cette amitié que la reine lui offrait en prétendant le réduire à sa clientèle seule et contracter avec lui une alliance en paroles seulement!
L'ambassadeur ne pouvait toujours qu'en appeler à ses instructions, et une nouvelle entrevue plus confidentielle encore, où, cinq jours plus tard, le 18 décembre, Troubetzkoï, Zakharine, Biélski, Chtchelkalov et Frolov furent seuls admis, à l'exclusion des autres membres du conseil, et encore relégués à l'autre bout de la pièce, " près du poêle » , n'amena pas un meilleur résultat. Entre temps, par Jacques Roberts qui vraisemblablement servait toujours d'interprète dans ces conférences, Ivan avait reçu l'avis que Bowes désirait T entretenir sans aucun témoin. L'ambassadeur nia le fait. Il avait dit seulement que dans ses autres missions, auprès du roi de France et dautres souverains, on ne lui avait jamais imposé de tierces personnes pour les négociations importantes.
— La cour de France ne nous est pas un exemple, gronda Ivan. Dis-nous ce que tu as à dire au sujet de notre mariage.
— J'ai su de la reine, ma maîtresse, quelle recherchait votre amitié de préférence à celle de tous les autres souverains, et je n'ai personnellement d'autre désir que de vous plaire et de vous servir.
— Dis-nous, en les désignant par leurs noms et leurs qualités, quelles sont les nièces de la reine dont tu as parlé. Je te ferai accompagner en Angleterre par un ambassadeur qui les examinera et demandera leurs portraits..
— Je vous offre mes propres services à cet égard.
Je cite ici la version russe. D'après ce document, rétractant ses déclarations antérieures, Bowes aurait nié à ce