LA RUPTURE
moment qu'on Feùt entendu parler d autres parentes d'Elisabeth susceptibles détre préférées parle tsar à Marie Hastings. Convaincu de mensonjje, il se retranchait encore derrière ses instructions, ou bien, prenant des airs de mystère, il donnait à entendre qu'on le verrait prochainement en mesure de donner satisfaction au souverain, u mais son temps n'était pas encore arrivé » ; il demandait la permission d'envoyer en Ang^leterre par voie de terre un courrier qui lui apporterait des pouvoirs plus amples; il soulevait des débats puérils au sujet de la quantité et de la qualité des vivres qu'on lui accordait, se faisait livrer jusqu à 10 pouds flôO kilos) de beurre par jour; engageait le tsar à administrer manu propria une correction sévère à Ghtchelkalov, rendu responsable des griefs invoqués par l'ambassadeur, mais s attirait de la part du souverain un discours en cinq points terminé par cette conclusion : >( Tu es un homme peu instruit et tu n as aucune idée de la façon dont doit se comporter un envové. »
Il semblerait quaprés cela on n'eût plus rien à se dire. Mais Ivan tenait trop à son idée. Avec son entêtement de maniaque il s acharnait à ressaisir ce rêve toujours fnvant, et il conviait Bowes à. de nouveaux entretiens confidentiels, et il lui répétait son arg^umentation monotone :
« Tu nous as parlé .de dix ou vingt jeunes filles parmi lesquelles nous pourrions choisir une femme dans ton pays et tu te refuses à les nommer. 2<ous ne saurions cependant nous mettre en frais sur une indication aussi vag^ue ! Il y a ap{>aremment plus de mille filles à marier en Angleterre, dont plus d'une cuisinière ; voudrais-tu que nous les recherchions toutes ? »
Constamment renouvelées pendant les deux premiers mois de 1584, ces entrevues aboutissaient le 14 février à une nouvelle altercation des plus violentes, d'après le récit russe. Après sètre eng^ag^é à embarquer avec lui un ambassadeur destiné par le tsar à la cour de France. Bowes revenait sur sa promesse : la reine lui avait ordonné de rentrer par voie.de. terre. :c:o
— Pour me vendre à mes ennemis ? clama Ivan hors de lai. Je ne le souffrirai pas!
Depuis la perte de la Livonie, la voie de terre c'était la voie de Pologne.
Reprenant possession de lui, mais toujours furieux, Ivan continua : « Puisque tu n'es pas arrivé pour négocier sérieusement, tu peux t'en aller, remportant ce que tu as apporté, et nous te donnerons congé sur Iheure. »
Bowes savait déjà à quoi s'en tenir sur ces éclats de colère, et, au témoignage même du procès-verbal russe, il n'en parut nullement ému. Le congé ne fut pas donné et trois jours plus tard l'ambassadeur était invité à entendre la lecture d'un projet de traité, où le tsar avait fait insérer le minimum de ses désirs et de ses exigences. Nous ne connaissons le sens du document que par les objections qu'il souleva de la part de Bowes. En substance, Ivan réclamait une alliance- offensive pour reconquérir la Livonie. L'ambassadeur répondit par des faux-fuyants, comme toujours. Très pieuse, sa maîtresse répugnait aux conquêtes. Les Pays-Bas la suppliaient en vain de lés prendre sous sa protection et la France elle-même serait heureuse de passer sous son sceptre...
— Mais il ne s'agit pas de conquête ! répliquait le tsar. La Livonie est notre ancien patrimoine...
— Est-ce bien sûr ?
Ivan bondit :
— Nous ne demandons pas à la reine d'être juge entre nous et le roi de Pologne.
Et cette fois l'audience de congé fut fixée au 20 février. Elle fut retardée par la maladie du souverain et, le 18 mars, Ghtclielkalov fit annoncer à Bowes, que « son tsar anglais était mort » . Comme Randolph autrefois, l'ambassadeur se trouva maintenant prisonnier dans sa maison et exposé à toute sorte de mauvais traitements, jusqu'en mai, époque à laquelle le fils d'Ivan le renvoya avec une lettre pour Elisabeth où il n'était plus question ni d'alliance ni de faveurs exceptionnelles à accorder aux commerçants anglais.