L'INVASION POLONAISE — BATHORY
I, Bathory. — II, Le conflit. — III. L'armée polonaise. — IV. L'armée moscovite. — V. La prise de Polotsk. — VI. Les Polonais en Moscovie. — VII. L intermède diplomatique. — VIII. Le siège de Pskov.
BATHORt
A partir de 1572, quand, de fictivement élective qu'elle était jusqu'alors, la monarchie polonaise le devint réellement, les comices du champ de Wola furent un tripot. L Europe entière y battit les cartes; une seule fois au cours de deux siècles il arriva aux joueurs d'y retourner un roi. Celui-ci était un inconnu. De pure race hong^roise par son père, Etienne Bathory de Somlyo, comme par sa mère, Catherine Telegrda, de bonne noblesse, sans plus, il avait servi avec honneur dans les armées impériales et manœuvré mieux encore dans les coulisses diplomatiques de Vienne et de Constantinople ; assez bien pour devenir en 1571, à trente-huit ans, voiévode de Transylvanie, par la grâce combinée du sultan et de Tempc-
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reur. En Pologne on savait peu de chose de cet étrang^er. Il passait pour bon administrateur d un petit pavs, et plus tard on voulut qu il eut étudié à 1 académie de Padoue, où en 1789 le dernier de ses successeurs sur le trône des Jagellons devait lui élever un monument, œuvre médiocre de Carlo ou de Ferrari. Il n'y avait pas appris le polonais. Élu roi, il parla latin à ses nouveaux sujets, ou se tut, ce qui valait encore mieux en un pays où tout le monde parlait trop. Aux comices de 1575, il fut le candidat du sultan contre le candidat de lempereur, Ivan se dérobant, comme on sait, et le fils de Maximilien se recommandant de Talliance autrichienne contre le Turc. Faire la guerre au Turc avec l'Autriche ou la faire à la Moscovie, sinon avec l'appui du moins avec la neutralité de la Porte, tel était le dilemme. Mais les électeurs polonais, tout à leur affaire, se laissèrent inspirer, et partager, par d autres considérations : l'aristocratie alla à Maximilien parce qu il avait des titres et de l'argent à offrir; la petite noblesse se prononça en masse pour le Hongrois, parce qu elle imaginait que ce très petit personnage serait son roi et son esclave et qu il gouvernerait avec elle ou qu elle gouvernerait sans lui contre l'oligarchie des grands seigneurs.
Il se trouva que l'inconnu voulait être le roi de tout le monde et qu il savait faire ce qu'il voulait. Il commença par devancer son rival à Varsovie; c'était facile, car Maximilien risquait gros en se pressant : le Turc le guettait. La mort de l'empereur (octobre 1576) laissa Bathory seul. Il lui restait à se débrouiller dans une situation où Henri de Valois n'avait même pas essayé de voir clair. L ex-voiévode de Transylvanie montra inopinément un coup d'œil sûr et une science de gouvernement incomparable. Au physique, comme Ta représenté un portrait peint en 1583 par un artiste inconnu et conservé à 1 église des PP. Missionnaires deCracovie, c était un madgyar typique : taille courte et ramassée, pommettes saillantes, nez allongé, front bas. Une figure massive, énergique et rude. Nul souci d'apparat; aucune élégance; l'aspect fruste et