‹ Ivan le TerribleChapitre 174 sur 228 · LA DÉCLARATION DE GUERRE · texte numérisé non relu

LA DÉCLARATION DE GUERRE

dont Ivan prétendait descendre. Avec une reproduction d ailleurs très inexacte de ce document, une brochure, publiée à Nuremberg^ en 1580 et conservée en un très petit nombre d'exemplaires, contient une vignette qui représente le porteur du message, Venceslas Lopacinski, s acquittant de sa mission : le sabre nu au côté, le gentilhomme tend la lettre au tsar avec un geste de défi. L image est aussi fantaisiste que le texte qui l'accompagne et qui a été rectifié récemment par labbé Polkowski. fActa hisioiica, Gracovie, 1887, XI, 162.) Ivan n'a jamais admis Lopacinski en sa présence, et, poui l'effet à produire par sa déclaration, Bathory a compté prin cipalement sur la publicité qu il lui donnait en la faisant imprimer en polonais, en allemand et en hongrois sur de^ presses qui l'accompagnèrent au cours de toute la campagne. De Svir, où il arriva le 12 juillet 1579, le roi lança de plus un manifeste, destiné sans doute, dans sa pensée, à justifier son entreprise et à lui concilier 1 opinion au dedans et au dehors du pavs.

Jamais, d ailleurs, chef d'armée ne s était encore, dans un document de ce genre, inspiré d'idées aussi généreuses : promesse de respecter les personnes, les propriétés et les privilèges des non-belligérants; engagement pris d interdire et de réprimer, en ce qui les concernait, toute espèce de violences : rien n"y manquait des formules devenues banales depuis — aussi banales que décevantes, hélas! Elles constituaient alors une nouveauté, dont la Pologne du seizième siècle a le droit d'être fière. Jamais aussi chef d'expédition militaire ne montra un plus grand souci de se maintenir en communion morale avec un public susceptible et ombrageux. Tous les événements ultérieurs de la campagne devaient faire l'objet de publications analogues. La bibliographie du temps comprend une quantité de brochures, de pamphlets, d imprimés officiels ou officieux mettant en valeur ou commentant les moindres incidents de la lutte. Expédiée en Pologne, en Allemagne, à Rome même, où 1 envoyé du roi, Pierre Dunin Wolski, évéquc de Plotsk, la faisait réimprimer, cette

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littérature ne brillait pas, on le devine, par un respect très scrupuleux de la vérité historique. Mais il fallait tenir tète à la presse allemande, très empressée de son côté à renseigner des lecteurs très avides de nouvelles. Telle feuille volante fZeitungJ sur une victoire remportée par Bathory atteignait en peu de temps quatre éditions. Aux moyens de polémique largement employés le roi ajouta, à partir de 1580, les rigueurs de la censure, et un historien allemand (Hausmann, Studien zur Geschichle des Kônigs Slephan, Derpt, 1880, p. 34 et suiv.) a admis que Fédit publié à cette date prononçait la peine de mort contre les auteurs et les éditeurs d'écrits hostiles. On peut en convenir car, en 1576 déjà, un pamphlet publié à Cracovie avait été puni de la sorte, et la loi allemande du temps n'était pas plus clémente.

Je note ces détails parce qu'ils semblent indispensables pour faire apercevoir la lutte ainsi engagée sous son véritable aspect. Mettant aux prises deux peuples de même famille, c'était bien cependant deux mondes différents qu'elle opposait l'un à l'autre, et, avec cette troupe bigarrée de soldats de tous pays accompagnés de scribes et d'imprimeurs, c'était bien l'Occident latin qui, sous la bannière slave, reprenait à rebours le grand chemin des invasions orientales. Cette guerre victorieuse peut être considérée comme le testament de la Pologne; l'évocation doit en paraître intéressante à ce titre.

Les manifestes des armées d'invasion nous laissent aujourd'hui incrédules. Bathory devait rester fidèle au sien. « Jamais guerre ne fut conduite avec plus de modération, plus d'humanité envers les laboureurs et les citoyens paisibles. » C'est un historien russe, Karamzine, qui donne au roi ce témoignage. fHist. de Russie, IX, chap. v.) C'est ce qu'attestent d'ailleurs deux autres documents : une circulaire du 7 mai 1580, adressée par Bathory à la noblesse de la terre de Polotsk, et surtout le règlement militaire appliqué au cours de cette campagne. La circulaire équivaut à une charte, assurant aux intéressés les immunités les plus précieuses; le

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