L'ARMÉE POLO^^AISE
règlement porte défense de tuer les enfants, les vieillards, les ecclésiastiques ; de faire violence aux femmes ; de détruire ou même d'endommager les récoltes, fût-ce pour donner à manger aux chevaux !
Ce règlement fut observé, en dépit même d'excès contraires de la part des Moscovites et en présence de provocations dont les sources russes contiennent l'aveu. Karamzine parle d'un certain nombre de prisonniers polonais massacrés au début du siège de Polotsk par les défenseurs de la ville, qui firent flotter les cadavres dans la Dvina sous les yeux des assiégeants. Donnant au monde un spectacle, où les peuples les plus civilisés du teinps auraient pu trouver des leçons, l'armée polonaise n'usa que très rarement de représailles. Des prévôts militaires, munis de pouvoirs très étendus, surent maintenir dans ses rangs une discipline sévère. Payant de sa personne et donnant à tous égards le meilleur exemple ; proscrivant tout désordre comme aussi tout luxe inutile, le roi couchait fréquemment sur un lit de feuilles sèches, prenait ses repas sur un escabeau « sans nappe » et se montrait impitoyable aux maraudeurs. Il s appliquait en même temps à soutenir et à exalter le moral de ses soldats en faisant appel au sentiment religieux si profond chez le plus grand nombre. Les mots d'ordre qu'il leur faisait distribuer y servaient euxmêmes. C'était tel jour : « Seigneur, pardonnez-nous nos péchés, » et tel autre : « Dieu punit les méchants. "
Tout cela n'excluait pas certaines pratiques alors usuelles et qui passaient pour indispensables, comme de torturer les prisonniers pour obtenir des renseignements. L'ardeur extrême dont les guerriers polonais, gentilshommes ou paysans, se montraient animés, surtout au début, empêcha de prévenir certains écarts. Lançant leurs chevaux au galop, de simples soldats allaient briser leurs lances contre les murs des villes assiégées. On avait peine parfois à retenir de tels fous. Habile aux travaux de siège, toujours la première à l'assaut mais aussi au pillage, l'infanterie hongroise fit souvent preuve d'indocilité. Entre deux combats enfin, l'esprit turbulent de la
szlachta réclama ses droits pour discuter la portée des avantages déjà obtenus et les conditions du nouvel effort qu'on lui demandait. Mais en somme et en tenant compte de la part de barbarie inhérente à ces jeux san{jlants dans tous les temps et dans tous les pays, ce fut, du côté polonais, une noble gfuerre, comme les annales du seizième siècle n'en ont guère enregistré ailleurs.
A courage égal, certes, tout autre était la physionomie du camp opposé.
l'armée moscovite
Si Bathorv avait échoué à Stockholm en cherchant à s'assurer l'assistance de la Suède pour cette campagne, Ivan n'avait pas eu meilleur succès à Vienne. Envoyé auprès de Rodolphe en 1578, Kvachnine s'était efforcé en vain d'obtenir la conclusion du traité d'alliance proposé à Maximilien. Gomme condition première, 1 empereur réclamait la suzeraineté de la Livonie ! Même échec auprès du khan : celui-ci demandait Astrakhan et beaucoup d'argent. A un moment, Ivan put même craindre davoir réellement les Tatars sur les bras, comme Bathory l'eût souhaité. Un envoyé du roi, Jean Drohojowski, essayait en effet de négocier, à Constantinople même, une alliance dans laquelle le khan serait compris. Mais la Porte avait besoin des Tatars contre les Perses et, en définitive, roi et tsar restèrent seuls en présence. Mais Ivan n'avait pas, lui, à mendier des subsides auprès d'une Diète récalcitrante, ni à faire appel à la bonne volonté de ses sujets pour le recrutement de son armée. Corps et biens, son empire lui appartenait. A la nouvelle de la marche des Polonais, laissant des garnisons dans quatre-vingts villes, sur l'Oka, le Volga, le Don et le Dnieper, il ordonna une concentration de ses forces principales à Novgorod et Pskov.
Sur l'importance de ces forces les renseignements que nous