‹ Ivan le TerribleChapitre 176 sur 228 · L'ARMEE MOSCOVITE · texte numérisé non relu

L'ARMEE MOSCOVITE

possédons sont très contradictoires. Notoirement exagérées pour les effectifs polonais, dont le détail nous est mieux connu, les évaluations de Karamzine semblent aussi inexactes pour les effectifs russes. Fletcher, généralement bien renseigné, a admis, pour ces derniers, le chiffre de 300,000 hommes. Mais quelques écrivains, dont Biélaiév, l'ont porté plus récemment à un million, et Fidée de Karamzine, d'après laquelle Ivan naurait eu qu'un mot à dire pour noyer larmée polonaise dans ces vagues humaines et lancer leur flot irrésistible sur yilna et sur Varsovie, a reçu ainsi un regain d'autorité. De nouvelles études viennent cependant de mettre en évidence Terreur du grand historien. D'après les calculs de M. Pavlov-Silvanski fies Hommes de sei-vice, p. 117 et suiv.), défalcation faite des garnisons ci-dessus mentionnées, sur environ 23,000 boïars, enfants de boïars et hommes de cour disponibles, Ivan gardait sous la main environ 10,000 guerriers. Chacun de ces gentilshommes emmenant avec lui en moyenne deux cavaliers armés, cela faisait 30,000 chevaux, 31,596 pour donner le chiffre exact indiqué par l'auteur, plus 15,119 s triéltsy et cosaques, combattant à pied ou à cheval, 6,461 Tatars et 4,513 divers, dont un certain nombre d étrangers, Hollandais, Écossais, Danois, Grecs. Au total 57,689 hommes sur 110,000 environ constituant la force armée de 1 empire. Les gens de corvée, recrutés en nombre variable selon les besoins de chaque campagne, grossissaient considérablement ce contingent; mais, outre qu'ils n étaient utilisables que pour le service des camps ou des places et les travaux de terrassement, l'armée polonaise traînait aussi à sa suite une quantité très grande Je ces auxiliaires. En somme, la proportion des combattants était d'un à quatre environ.

Elle laissait en apparence à Ivan une supériorité nuuiérique assez grande encore pour rendre téméraire la tentative de Bathory. Mais ce n'était qu'une apparence. S'inspirant de Kourbski, quelques historiens ont supposé que le tsar eut à ressentir douloureusement, à ce moment, l'absence de ses

meilleurs chefs d'armée, dont YOpriichmna le privait. Le contre-coup de la g'rande crise politique, sociale et économique, que le pays venait de traverser ne se laisse pas méconnaître dans les péripéties ultérieures et lissue de cette guerre décisive ; mais il ne saurait être interprété ainsi. Le meilleur des capitaines employés par Ivan depuis le commencement de son rèjjne était Pierre Chouïski, et il n'avait pas brillé sous Orcha. Le pavs se trouvait meurtri et épuisé ; il allait se montrer incapable d'un effort prolong^é ; mais, pour une entrée en campaffne, Y Opritchnina laissait l'appareil militaire intact. Seulement, vis-à-vis de l'armée européenne de Bathory, à part l'artillerie et quelques centaines de soldats et d'officiers étrangers, c'était là l'ancien appareil moscovite, dont le fils de Vassili avait déjà expérimenté l'inefficacité, soit contre les Suédois, soit même contre les Polonais; une milice, où la valeur personnelle des combattants, lendurance et l'abnégation héroïque des chefs et des soldats ne compensaient pas l'infériorité de l'outillage, l'absence de discipline ou tout au moins de dressage, l'insuffisance du commandement.

Autant que le tempérament d'Ivan, le sentiment très net qu'il avait de cette cause de faiblesse relative détermina ses résolutions à ce moment critique. J'ai montré qu'il n'était pas soldat. L'idée ne pouvait lui venir, en tout état de cause, de se mettre en travers de l'invasion en affrontant Bathory à la tête de ses boiars. Gela ne s'était jamais vu en Moscovie, depuis les temps lointains et légendaires de Dmitri Donskoï, et, devant une autre nuée de Tatars menaçant la capitale, le fils du héros national avait lui-même fui à Kostroma. C'était la tradition, et, plus que jamais, il convenait que le tsar s'y montrât fidèle : V Opritchnina ne lui avait pas enlevé son armée; mais, rencontrant Bathory, ses Polonais et ses Honp^rois en rase campagne, cette armée était battue d'avance.

Ivan fut de plus trompé d'abord, et entièrement, sur les intentions de son adversaire : il crut que son effort se porterait, comme par le passé, sur la Livonie. Arrivant à Novgorod en juillet 1570, il détacha donc quelques milliers de

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