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LA PRISE DE POLOTSK

Au commencement d'août 1579, Polotsk fut assiégé. La garnison se comporta vaillamment; l'artillerie — 107 bouches à feu — tint longtemps les Polonais en échec. Mais, au bout de trois semaines, aucun secours ne s'annonçant, la ville dut se rendre. Refusant de reconnaître la capitulation, l'évéque Cvprien s'enferma avec un certain nombre de boïars dans l'église de Sainte-Sophie, où il fallut les prendre de force. Le trait indique l'acharnement de la résistance. Dans cette église qui passait pour remplie de trésors, et dans toute la

ville le butin trompa dailleurs lattente des vainqueurs. Une bibliothèque, contenant de nombreuses chroniques et des traductions, en slavon, des Pères de l'Égalise, en constituait la part la plus précieuse et elle fut brûlée. Le succès n'en était pas moins grand pour les Polonais, et Bathory ne s'y arrêta pas. Il prit encore Sokol au milieu d'un terrible massacre, occupa quelques forts voisins, tandis que le prince Constantin Ostrogski ravageait la province de Siéviérie jusque Starodoub, et que le staroste d'Orcha, Kmita, en faisait autant dans la province de Smolensk : Ivan les laissa faire.

Le tsar fuyait ; quittant précipitamment Novgorod il gagnait Pskov, et de là, en bon Oriental, pour sauver la face et amorcer une négociation, il entamait une correspondance avec deux des principaux seigneurs lithuaniens, le palatin de Yilna, Radziwill, et le chancelier de Lithuanie, Wolov^icz. Il avait été retenu, disait-il, de secourir Polotsk et il était empêché encore de reconquérir la ville à main armée, par les instances de ses boïars, qui désiraient mettre fin à 1 effusion du sang chrétien ; aussi espérait-il que, s'inspirant des mêmes sentiments, Radziwill et Wolowicz s'emploieraient à rétablir la paix.

On imagine l'accueil qui attendait ces ouvertures. Toutefois, comme l'année tirait à sa fin, Bathorv ne fut pas éloigné de se prêter à un semblant d'intermède diplomatique jusqu à la campagne prochaine, pour laquelle il avait de nouveaux préparatifs à faire. Le porteur de la déclaration de guerre, Lopaçinski, se trouvait retenu à Moscou; le roi fit réclamer sa mise en liberté et Ivan de recevoir avec force gracieusetés et d'inviter à sa table le messager du vainqueur, un simple courrier. Gomme de raison, Lopaçinski fut libre; mais, nabdiquant pas encore entièrement ses prétentions, le tsar exprima le désir de recevoir une ambassade polonaise qui traiterait de la paix. On devine la réponse de Bathory : ce n'était pas à lui maintenant d envoyer des ambassadeurs !

Déconcerté, Ivan se rejeta sur Vienne, en y dépêchant Athanase Rezanov avec un nouvel et plus pressant appel; sans

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