NÉGOCIATIONS
s'humilier cependant encore, car Fenvoyé avait ordre, s'il était invité à la table de l'empereur, de n'y accepter que la première place, dùt-il se rencontrer avec les représentants du roi de France ou du sultan ! Que si on lui demandait comment le roi de Pologne avait pris Polotsk, répondre : par surprise et en violation d'une trêve signée pour trois ans. Rezanov arriva à destination en mars 1580 et fut éconduit comme ses prédécesseurs. Bathory avait trop de moyens de révolutionner la Hongrie pour qu'on voulût le contrarier. Il tenait d'ailleurs Vienne par Rome et Rome par les jésuites. Après la prise de Polotsk le pape avait envoyé au roi une épée et une lance qui, solennellement bénies à la messe de Noël, durent être remises en grand apparat. On ne donna à Rezanov que de bonnes paroles. On croyait que Bathory serait bientôt à court d'argent. « Il ne nourrira pas ses soldats avec ses poux de Hongrie » , disait dédaigneusement le comte Kinski.
Ivan reconnut la nécessité de baisser de ton avec la Pologne. Envoyant courrier sur courrier à Varsovie, il se montrait disposé maintenant à faire le premier pas pour prévenir une nouvelle campagne, s'il était vrai que Bathory en méditât une. Les courriers n'avaient pas à se formaliser si le roi négligeait de se lever pour demander des nouvelles de la santé du tsar. Bathory fit bon accueil aux messagers de paix, mais ne cessa pas d'activer ses préparatifs. En juin, il donna cinq semaines au tsar pour envoyer une ambassade, sinon « il allait monter à cheval » , et, « tenant compte de la condescendance de son voisin à satisfaire ses exigences » , comme il le disait dans ses instructions, Ivan mit l'ambassade en route. Avec son énorme suite de cinq cents personnes, elle n'était pas à mi-chemin quand elle apprit qu'elle n'avait plus que faire à Varsovie : sans l'attendre, le roi de Pologne était monté à cheval, et venait de quitter Vilna à la tête de son armée.
422 IVAX LE TERRIBLE