SIEGE DE VIÉLIKIE-LOUKI
école, Nicolas Miéleçki, qui, au cours de la campag^ne précédente, avait montré plus de bravoure que de talents militaires. Homme d'État plutôt qu homme de g^uerre, ancien, recteur de Padoue, Zamoyski ne paraissait pas destiné à l'éclipser. Ce fut une révélation. Tandis que le roi enlevait en passant Ousviat, Zamoyski tournait Viélije par une manœuvre habile, s'en emparait et rejoignait l'armée principale aux abords de Viélikié-Louki.
Une surprise y attendait les Polonais : 1 arrivée de l'ambassade moscovite. Ivan avait hésité quelque temps sur le parti à prendre à son sujet. Lui faire suivre larmée d'Invasion était une humiliation cruelle. Après la prise de Viélije, le tsar convoqua une de ces assemblées dont j'ai dit Ihistoire (p. 180 et suiv.) et, comme elle se prononçait pour une résistance énerg^ique, il ordonna aux ambassadeurs, le prince Ivan Sitski, Roman Mikhaïlovitch Pivov et Thomas Palentiélev, de rebrousser chemin. Mais, là-dessus, des émissaires envoyés en reconnaissance apportèrent des nouvelles alarmantes : « Les Polonais étaient nombreux comme des pucerons. " Et le Terrible se résig^na encore, non sans donner à ses mandataires de nouvelles instructions qui le montraient disposé à mieux se défendre sur le terrain diplomatique qu'il ne faisait sur l'autre. Il offrait à Bathorvla Gourlande. qui n'avait jamais appartenu à la Moscovie, plus soixante-cinq villes livoniennes, savamment choisies, trente-cinq autres devant lui rester. En outre, Sitski et Pivov commencèrent par demander la levée immédiate du sièg^e de Viélikié-Louki et qu'on leur donnât audience en terinioire polonais : jamais tsar n'avait consenti à traiter sur son propre territoire. On leur répondit un peu rudement et ils consentirent à entrer en matière sur place. Mais Bathory demandait la Livonie entière, avec Viélikié-Louki et Smolensk. Les nég^ociations traînèrent, et tandis que les Moscovites en référaient au tsar, Zamovski serrait la ville de près. Gomme la plu[)art des forteresses moscovites celle-ci n'avait que des remparts en bois, double rang^ée de gros madriers g^arnis de terre, qui se montraient à 1 épreuve des boulets
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rougfes. Insuffisante et mal servie, l'artillerie polonaise soutenait mal d'ailleurs le tir plus nourri des assiégeants. Mais, en risquant sa vie, un paysan de Mazovie mit le feu à une des tours et la garnison demanda à capituler. Comme on discutait les conditions, les Hongrois n y purent tenir. Sous leur chef intrépide, Gaspard Bekiesz, un ancien rival politique de Bathory, ils se montraient invariablement aussi impétueux <{u indisciplinables. Imaginant que le butin qu'ils convoitaient allait leur échapper, ou que les Polonais en prendraient la meilleure part, ils se précipitèrent, firent irruption dans la ville, et, au milieu d'une mêlée furieuse, le carnage cette fois n'épargna personne. Des moines portant processionnellement des croix et des icônes furent eux-mêmes massacrés, Zaïnovski s'employant en vain à rétablir l'ordre. Il ne put sauver que deux voiévodes.
Du coup, le pays entier se trouva à la merci des vainqueurs. Le prince Ivhilkov, qui v tenait campagne avec un fort détachement, se fit battre par la cavalerie polonaise, hongroise et allemande que commandait le prince Zbaraski. Nevel, incendiée, capitula à son tour et les Polonais ne parurent pas très scrupuleux dans l'observation des conditions accordées. Dans les guerres européennes de l'époque c'était à peu près la règle. On trouvait toujours des prétextes pour passer outre. Oziérichtchc se rendit presque sans résistance. Mieux protégée par les eaux du lac de Podsoch qui en faisaient une sorte d lie fortifiée, Zavolotché repoussa un premier assaut. Un pont se rompit sous les assaillants et déjà la szlachta parlait de battre en retraite. Elle entendait être rentrée dans ses foyers pour la Noël. MaisZamoyski se montra diplomate aussi avisé que bon capitaine; il amena Polonais et Hongrois à rivaliser de courage sur deux ponts remplaçant celui qui avait été détruit; le sentiment religieux s'en mêla; des volontaires s offrirent pour mener l'attaque après avoir communié, entendu un sermon de circonstance et échangé des adieux suprêmes, et, le 23 octobre 1580, la ville fut prise. Au rapport d'un chroniqueur polonais, acharnés à prolonger la