‹ Ivan le TerribleChapitre 188 sur 228 · IVAN ET POSSEVINO · texte numérisé non relu

IVAN ET POSSEVINO

avec Rome et on offrait libre passage aux envoyés du pape qui voudraient se rendre en Perse. C'était un commencement, et les ménagements dont on enveloppait les refus, les sousentendus qu'on ajoutait aux concessions permettaient d'espérer davantage, après la paix. Toujours on ramenait le jésuite à ce postulat primordial, tout en maintenant ce que le tsar appelait « sa dernière mesure » et ce que Bathory avait déjà repoussé. Possevino avait, espéré faire coup double, en accommodant aussi la Moscovie avec ses clients du premier degré, les Suédois. Par égard pour le pape on consentait encore à se départir de l'usage qui voulait qu'on ne traitât avec la Suède qu'à Novgorod. Le tsar recevrait au Kreml les ambassadeurs du roi Jean. Mais, plutôt que d en envoyer, celui-ci poursuivait sur les côtes de la Baltique la série de ses triomphes personnels, et il était clair qu Ivan comptait les lui faire paver cher dès qu il eu aurait fini avec Bathory, en même temps que pour en finir avec Bathorv il se reposait sur 1 hiver et sur le pape. Tactique contre tactique, très adroitement lui aussi il s applitjuait à entretenir le légat dans ses bonnes dispositions avec le mirage lointain de l'union, tandis que, chargé avec Nikita Zakharine de la direction des négociations, Bogdan Biélski risquait, sans succès d ailleurs, une tentative de corruption plus brutale.

A. la mi-septembre, le jésuite comprit qu'il perdait son temps de ce côté, et décida de se rabattre sur le camp polonais. G était ce qui convenait le mieux à Ivan. « Tu iras trouver le roi Etienne, dit-il au légat, en lui donnant congé ; tu le salueras de notre part, et, après avoir négocié la paix d après les ordres du pape, tu reviendras auprès de nous, car ta présence nous sera toujours agréable à cause de la cour <{ui t envoie et de ta fidélité dans nos affaires. " Il engageait le jésuite à son service. Volontiers l'eùt-il pris à ses gages. Et, le pape ayant ordonné que la paix se fit selon les désirs du tsar, elle devait se faire selon les convenances du souverain moscovite. Ivan ne sortait [)as Je là. G est le sens qui se dégage nettement de cet épisode (hplomatique.

Possevino g^agna le camp de Pskov dans les premiers jours d'octobre et joua très consciencieusement, cette fois, le rôle d un honnête courtier. Faisant part aux Polonais des impressions que lui laissait son séjour à Staritsa, il chercha à combattre celles que leur donnaient les pamphlets de Guagnino et de Kruse. Écrivant à Moscou, il s'attacha à représenter la situation militaire dans un sens favorable aux assiégeants : les Polonais faisaient de grands préparatifs ; les munitions arrivaient de Riga; des renforts étaient attendus; Pskov se trouvait dans un triste état ; la campagne serait certainement poursuivie pendant l'hiver et, au printemps, Bathory ne pourrait plus être arrêté.

Au fond, tout cela était vrai, et on peut en trouver la preuve jusque dans ceux des rapports rédigés sur place qui ont imposé aux historiens polonais eux-mêmes une idée contraire. J'ai reproduit plus haut le témoignage de l'abbé Piotrowski sur l'effectif de la cavalerie polonaise qu'il représente comme réduit à presque rien dès le mois d'octobre. Plus loin le même témoin parle d'une revue passée le 4 décembre où figurent 7,000 chevaux. Et « les chevaux sont bons " . Les pertes n'avaient donc pas été si grandes, ou bien il restait aux Polonais de quoi les couvrir. La relation de Possevino luimême a prêté à une autre erreur. Le jésuite y parle de l'accueil enthousiaste qu'il aurait trouvé dans le camp polonais. Le trait, à le supposer exact, ne peut être rapporté qu'à l'élément turbulent et indocile que j'ai signalé dans l'armée de Bathory, mais que lui et Zamoyski s'entendaient à contenir et à plier aux dures exigences de la g^uerre. L'intervention du légat pontifical y introduisait assurément un ferment de plus, incitant les esprits aux lâches abandons. En ce qui concerne cependant le haut commandement, l'abbé Piotrowski donne, lui premier, une note très différente : « Le grand général — c'est de Zamoyski qu'il s'ag^it — n'a jamais vu un homme plus odieux — c'est à Possevino que s'applique l'épithète — et il se dispose à le chasser à coups de bâton après la paix. "

Imaginez, en 1871, le représentant d'une des grandes puis-

Page 1