‹ Ivan le TerribleChapitre 189 sur 228 · ABANDON DE LA LIVONIE · texte numérisé non relu

ABANDON DE LA LIVONIE

sances européennes arrivant en qualité de médiateur sous les murs de Paris assiégée par les Allemands! Mandataire du pape, Possevino semblait bien désigné pour favoriser la cause polonaise, dont le triomphe, ne fut-ce qu en Livonie, était une victoire de la papauté et du catholicisme. L essence de toute médiation est cependant de s exercer conne le plus fort; or, la force se trouvait incontestablement du côté polonais. En fait, le siège de Pskov devait durer jusqu'au 15 janvier 1582, et. à ce moment, le plus difficile sei-ait fait : l'épreuve du terrible hiver victorieusement traversée, les fêtes de }soël et de l'année nouvelle passées sans que les assiégeants eussent à cédé l'appel séducteur des foyers, familiaux, lapproche du printemps mettraient toutes les chances de leur côté. La capitulation était inévitable, et, avec elle, la soumission divan aux exigences du vainqueur. En admettant que Possevino ait contribué à hâter 1 issue du conflit, il n a pu que la rendre moins désavantageuse pou?' le plus faible .

Ivan n'avait pas besoin du jésuite pour être renseigné sur la situation de Pskov et sur 1 état de l'armée polonaise; mais, confirmant les informations qu il recevait d autre part, les lettres du légat le persuadèrent sans doute qu il avait trop présumé de l'efficacité de son intervention. Bientôt, en effet, changeant d attitude, " reconnaissant la force de Bathorv et de son allié suédois » , il se courba une fois de plus. Il allait envoyer des ambassadeurs pour négocier directement la paix et il réduisait ses prétentions. A la double condition que toute la vallée de la Yiélikaïa, avec une pointe jusqu'à Louki. restât aux Russes et que la Suède ne fût pas comprise dans le traité, il abandonnait toute la Livonie. Une partie de la Livonie étant maintenant aux mains des Suédois; elle pourrait, pen- .■^ait-il, faire ultérieurement 1 objet de reprises victorieuses, et avec la vallée de la Viélikaïa ; il garderait sur la frontière du nord-ouest une ligne de défense suffisante à 1 abri de laquelle se prépareraient des revanches prochaines: une nouvelle poussée du côté de la mer rencontrerait des circonstances plus favorables.

Si bien conçue qu elle fût au point de vue stratégique, cette retraite n'en était pas moins une retraite. Attentifs à ménag^er l'amour-propre national, quelques historiens russes ont été jusqu'à y voir tout le contraire. Presque entièrement détruite à ce moment, l'armée polonaise aurait été obligée de subir la paix. La Russie peut se passer aujourd'hui de ces travestissements de la réalité historique, qui sont la dernière et lamentable ressource des vaincus. Dans une guerre dont le résultat dépend d'un siège, les négociations entamées sous le canon des assiégeants ne sont qu'une des formes de la capitulation; il n'y a qu un moyen pour les assiégés de terminer victorieusement la lutte : celui dont Pierre le Grand a usé sousPoltava; et, malgré la vallée de la Yiélikaia, l'abandon de la Livonie a retardé de plus d'un siècle le développement politique, militaire et social de la Russie.

Ivan abandonnant la Livonie, le but poursuivi par Bathory dans cette campagne était atteint. Réservant également 1 avenir, le roi ne pouvait refuser de traiter, ni, Possevino étant là, décliner sa médiation acceptée par le tsar. Ce qu'il pensait de cette médiation, le fait suivant l'indique : de son propre aveu, le jésuite eut un véritable assaut à livrer pour que ses clients polonais lui fissent part de leurs intentions pour cette paix où il devait figurer comme arbitre !

Vers la mi-novembre, lam-Zapolski, localité située sur la route de Novgorod, entre Zavolotché et Porkhov, fut choisi d'un commun accord pour le rendez-vous des plénipotentiaires. Le prince Eletski, auquel, selon la remarque de Zamoyski, il ne manquait pour être prince qu'une principauté ; Roman Olferiev Verechtchaguine et le secrétaire Sviazev v représentèrent assez obscurément le tsar de toutes les Russies, tandis qu'avec le prince Zbaraski, palatin de Braclaw, le prince Albert Radzivill, maréchal de cour, et le secrétaire Harabiirda le roi de Pologne mettait en ligne des diplomates mieux qualifiés. Les mandataires de Bathory apportaient des instructions soigneusement élaborées. Quelles étaient-elles? Possevino, qui arrivait en même temps, n en sut rien, et un message

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