‹ Ivan le TerribleChapitre 20 sur 228 · LE CLERGÉ · texte numérisé non relu

LE CLERGÉ

brig^andage. Et ces terres étaient vastes. Très inép^alement répartie, mais constamment aug^mentée, la richesse du clergé séculier et régulier, de ce dernier surtout, l'emportait sur celle de toutes les autres classes. Disséminées dans quinze districts, les propriétés du métropolite rapportaient, à la fin du seizième siècle, jusqu'à 3,000 roubles de revenu, et Tarchevêque de Novgorod était plus opulent encore avec 10 ou 12,000 roubles de rente. Les autres évéchés se trouvaient plus ou moins largement, mais toujours plus que suffisamment dotés. Réduit à de modestes allocations territoriales qui, parfois, ne dépassaient pas trois diéssiatines et allaient rarement à trente, ou à des subventions — rougi — qui variaient de 19 roubles à 12 copecks, ayant peu à attendre de la munificence des fidèles, dont les largesses s adressaient plutôt aux monastères, le clergé paroissial était moins avantagé. Quatre fois par an au moins, les curés faisaient le tour des paroisses, portant la croix et leau bénite, et tendant la main ; mais, sur le produit même de cette mendicité trimestrielle, les évéques prélevaient une dîme.

La grosse part de la fortune publique revenait au clergé noir. Non seulement ses terres étaient beaucoup plus considérables, mais à leur revenu s'ajoutait le tribu de la piété nationale, d'un produit souvent énorme. Du seul Ivan IV, le monastère delà Troïtsa devait, en moins de trente ans, recevoir 25,000 roubles, soit, au taux moyen, près d'un million de roubles de notre monnaie, d'après certaines évaluations. Moins favorisé, le monastère de Saint-Cyrille de Biélooziéro obtenait, dans le même espace de temps, 18,493 roubles, sans compter les dons en nature : cent pouds de miel, par exemple, en 1570, dix chevaux l'année suivante, et, de temps à autre, des icônes, des objets de culte d un grand prix, un seul envoi de vêtements sacerdotaux étant évalué à 6,000 roubles.

Sur leurs domaines immenses, bénéficiant généralement d une franchise d impôts à peu près complète, obtenant la faculté d'en percevoir pour leur compte, attirant et gardant

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une main-d'œuvre abondante, au produit du sol mieux exploité que partout ailleurs, au gain des espaces colonisés, agrandissant constamment leurs possessions , les moines ajoutaient toutes sortes d'industries ; ils raflaient tout l'argent du pays et le faisaient fructifier par des placements avantageux, gros capitalistes et les seuls ou à peu près, très gros commerçants et propriétaires terriens sans rivaux. Englobant les meilleures terres de vingt-cinq districts, le domaine du monastère de la Troïtsa comprenait, à la fin du siècle, 106,600 paysans et son revenu était évalué à 100,000 roubles — quelque 2,400,000 roubles de notre monnaie. Pour l'ensemble des communautés de la Grande-Russie, M. Ikonnikov (Essai sur l'influence de Byzance dans i histoire russe, 1869, I" partie) a trouvé un revenu de 824,593 roubles tiré de 3,858,396 diéssiatines de terre cultivées par 660,185 paysans : chiffres auxquels il faut ajouter le produit des terres directement exploitées par les monastères.

Ce ne sont encore assurément que des évaluations approximatives. L'ensemble des documents dont nous disposons sur ce point donne bien cependant l'impression d une richesse considérable et hors de proportion avec les ressources générales du pays.

Il serait souverainement injuste de prétendre, comme on Ta fait même à cette époque, que clergé séculier ou clergé régulier n'aient usé de leur fortune matérielle comme de leur influence morale que pour leur seul avantage. Longtemps, ici comme ailleurs, la conscience morale du peuple n'a eu d'autre asile que dans le sein de cette Église nationale et d'autre expression que dans son enseignement. Jusque vers le milieu du seizième siècle tout au moins, le pouvoir spirituel de ses chefs, du Métropolite en particulier, a servi aussi de contrepoids bienfaisant à l'omnipotence de 1 État. Parmi les droits revendiqués par le haut clergé, celui d'intervenir en faveur des victimes de l'arbitraire et de la violence s'est inscrit en lettres d'or dans l'histoire du pays.

Bien plus, l'Église et le clergé séculier ont été les coopéra-

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