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LA COUR DC TSAR

appareil sacerdotal, le trait le plus impressionnant encore était Tattitude de l'assistance — comme figée dans une sorte de stupeur. Un peu plus tard, Margeret et Fletcher devaient en être également saisis : à l'entrée du tsar, dans la foule immobile des fonctionnaires de tout grade, dans les rangs serrés des gardes aux longues robes de velours blanc ou de satin, aux hauts bonnets de fourrure blanche, mi-soldats, mi-lévites, avec leurs chaînes d'or croisées sur la poitrine et leurs haches étincelantes levées comme pour frapper, le silence se faisait tel qu'en fermant les yeux on aurait pu croire que le palais était désert.

Si d'ailleurs la demeure du souverain paraissait indio^ne de lui, son entourage dépassait en nombre et en magnificence tout ce que les étrangers avaient pu voir en d'autres pays : tout un peuple de courtisans ruisselant d'or et de pierreries se pressait, s'étouffait dans l'étroit sanctuaire, débordait sur le perron et sur l'escalier, remplissait les abords de l'édifice.

Examinons les éléments de cette cour fastueuse.

Dans la langue russe du seizième siècle, le mot cour fdvot^J a deux significations : il sert à désigner la demeure du souverain et aussi les services qui s'y trouvent centralisés et qui se rapportent en même temps à la personne du monarque et aux besoins de l'État. Le souverain occupe l'étage supérieur fvierkh) du palais; le reste de l'édifice et ses dépendances sont le siège des fonctionnaires qui, répartis en divers bureaux, ou départements fprikazesj, pourvoient à l'entretien de la cour et à l'administration du pays. Au siècle suivant, Kotochikhine a compté quarante de ces prikazes divisés en chambres (palaty) et formant autant de ministères indépendants : prikaze de la ville, prikaze des douanes, prikaze de la grande cour... Ce dernier faisait à peu près l'office du ministère de la cour actuel. L'entretien de la cour ressortissait cependant encore à une foule de départements spéciaux : prikaze des approvisionnements ou jiteïnyï dvor ; de la table, ou kormovol dvor ; de la manutention, ou khlebnyï dvor ; des caves, de la

garde-robe, des écuries. Chargée de vêtir non seulement le souverain, mais, à certaines occasions, tout le personnel de la cour, fonctionnaires et dignitaires compris, le département de la garde-robe, avec son atelier spécial, masterskaïa palata, et ses magasins énormes, ne constituait pas une sinécure.

Les charges de cour étaient fort nombreuses, quelquesunes remontant à une haute antiquité, d'autres de création récente. Nestor mentionne déjà les siolniki fdapiferij chargés de présenter les plats, que le kraïtchyï (écuyer tranchant) et Y o/iolniichyï (grand officier de la couronne) distribuaient, dans les banquets d'apparat, au souverain et à ses invités. Très anciennement aussi les stolm'/ii ont reçu divers autres emplois : missions à létranger, gouvernement des provinces... Le nombre de ces dignitaires sest élevé jusqu'à cinq cents. Au second rang venaient les spalniki (de spat : dormir) et les postiélniki (de postiél : le coucher) , chargés respectivement d habiller ou de déshabiller le souverain et de prendre soin de sa couche. Le spalnik faisait en outre partie du conseil intime, et le postiélnik était gardien du sceau pour les affaires secrètes. L un et lautre couchaient dans la chambre même du tsar.

Les okolniichyié (de okolo : autour, qui circa principem versabantur, comme dit Du Gange) apparaissent pour la première fois en 1356 avec des attributions également très variées, mais plus généralement d'ordre judiciaire. Pour l'expédition des affaires courantes le souverain avait encore des striaptchyié (de striapat : remplir un devoir) chargés, dans les grandes cérémonies, de porter le sceptre devant lui. de tenir son manteau, de prendre soin de ses armes : emplovés de rang inférieur, mais non pas les derniers dans la hiérarchie officielle ; au-dessous se plaçaient les diaki et podiatchyie. clercs, hommes savants, c'est-à-dire sachant liie et écrire. Originairement, leur emploi était de chanter à l'éghse, d'où leur -nom : diak pour diacre. Occupés plus tard comme scribes dans les bureaux, les diaki arrivèrent au seizième siècle à faire à peu près l'office des référendaires actuels. Quelques-uns

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