IVAN ET LOUIS XI
accompagnée d'une bi-atina en or, portant en relief des ^^«res de femmes nues, présent du tsar à cette communauté quil se targuait de rappeler à ses devoirs?
C'est l'esprit même de la slohoda d'Alexandrov.
Ivan V a vécu comme, au siècle précédent, Louis XI vivait à Plessis-lès-Tours, entre des moines dont il partageait les pieux exercices, des serruriers qui travaillaient à confectionner les fameuses « fillettes du roi " , lourdes chaînes que l'on mettait aux jambes des prisonniers enfermés dans les cages de fer, et d'autres serviteurs dont les mémoires figurent dans les comptes de Sa Majesté au chapitre des « voluptés » : tant pour avoir conduit de Dijon à Tours une bourgeoise que le roi a trouvée à son goût et tant pour l'achat de deux douzaines de serins. (Henri Martin, Hist. de France, YII, 145.) Si Louis n'a pas converti Plessis-lès-Tours en monastère, on sait qu'il en a fait bâtir un, dans le voisinage, pour le moine calabrais François de Paule. Lui aussi s'entourait de " mauvaises Qeni> de petite condition » , en même temps que, pour secouer l'ennui qui le rongeait ou chasser les terreurs qui le visitaient, il faisait venir de toutes parts des « joueurs de bas et doux instruments " . Mais, dit la chronique de Saint-Denis, " rien De réussissait à le distraire » .
A la sloboda d'Alexandrov, après l'office du soir, Ivan se rendait dans sa chambre à coucher, où l'attendaient trois vieillards aveugles dont la tâche était de l'endormir avec leurs récits; sans doute aussi de combattre, en demeurant à ses côtés, l'effroi de la solitude et de la nuit. Le jour, le souverain avait d'autres distractions. En sortant de table allait-il en effet, comme on l'a raconté, visiter les chambres de questions, pour y savourer le spectacle des tourments qu'il faisait infliger? Lui arrivait-il d'y faire parfois l'office du bourreau? Sombre et morose partout ailleurs, changeait-il de visage alors, s'égayant au milieu de ces horreurs et mêlant de grands éclats de rire aux cris de ses victimes? Il se peut. Mais le souverain goûtait aussi les jeux moins sanglants des skomoroUiy, des saltimbanques, des jongleurs, des montreurs d'ours. On
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en cherchait pour lui dans tous les coins du pays, sans trop regarder au choix. Dans la chronique de Novgorod il est question d'un certain Soubota Osiétr, qui, après avoir injurié et frappé le diak Danilo Barténiev, mettait aux trousses du malheureux fonctionnaire un ours déchaîné et le faisait poursuivre jusque dans ses bureaux en jetant l'épouvante au milieu de toute une troupe d'employés dont quelques-uns tombaient aussi sous la griffe de l'animal rendu furieux. Après cette prouesse, la béte et son propriétaire furent jugé& de bonne prise pour l'amusement du tsar et expédiés aussitôt à la sloboda d'Alexandrov avec une bande de skomoroliJiy .
Apprivoisés ou sauvages, les ours jouaient un rôle considérable au faubourg. On leur faisait mimer des scènes grotesques. On s'en servait pour mystifier et effrayer les visiteurs. Mais souvent aussi on les mettait pour de bon aux prises non seulement avec des chiens, mais avec des hommes. Horsey ne mérite peut-être pas créance quand il raconte l'aventure terrible de sept gros moines accusés de rébellion et condamnés à combattre six énormes ours, qui en dévorent cinq, le sixième seulement rencontrant un adversaire assez heureux pour terminer la lutte à son avantage. Guagninoveut qu'en hiver, aussitôt que la rivière couverte de glace devenait, comme partout, le rendez-vous commun de la population venant s'y divertir ou visiter les boutiques, le tsar eût Vhahitude de lancer sur cette foule paisible quelques-uns de ses plantigrades domestiques. Un fait isolé de ce genre a pu se produire, mais Y habitude eût sans doute empêché les gens de revenir à la rivière. Sur ce point comme sur tant d'autres la chronique a vraisemblablement exagéré des traits qui, dans une certaine mesure, comme nous l'avons vu, appartiennent à l'histoire générale des mœurs en un pays et à une époque où les combats d'ours comptaient parmi les divertissements habituels et préférés de tous les habitants.
En dehors de toute légende, la sloboda d'Alexandrov a laissé des souvenirs suffisamment offensants pour la morale ou la pudeur. Les banquets qui y succédaient aux pieux exer-