‹ Ivan le TerribleChapitre 206 sur 228 · LES FAVORITES · texte numérisé non relu

LES FAVORITES

plantée par Vassilissa dont l'auteur a fait la servante de la favorite, et elle lui parle ainsi :

... J'ai peur ici, j'étouffe, mon âme

N'est pas à son aise ; le tsar a cessé d'être aimable avec moi ;

Les serviteurs me regardent de travers. De loin

M'arrivent l'écho des plaisirs du maître,

Le bruit de sa joie... Pour un instant ce triste palais

Se remplit de chansons et de rires,

Puis de nouveau un silence de tombe ; comme si

Tout était mort. Dans les l'ecoins seulement

Du terem on entend parler à voix basse — de supplices. Rien.

Pour se réchauffer Tàme. Femme du tsar par la chair.

Je lui suis étrangère parle cœur. Il m'effraye !...

Il m'effraye quand il est en colère et tout autant quand il est gai...

Je ne connais pas son amour...

. . . Gomme une bête Il cherche mes caresses... sans jamais un mot tendre, Et ce que j'ai dans le cœur, il ne le demande pas.

Historien, Ostrovski l'a été probablement encore en nous montrant Ivan en tête à tête avec Vassilissa devenue la favorite en titre. Le tsar veut quitter cette nouvelle compag^ne dont il commence à se lasser, et elle le retient parce qu'elle a peur. Elle lui parle des morts qui sont entre eux et le fait trembler à son tour. Elle lui demande de la distraire et il a beau répondre rudement qu il n'est pas là pour son amusement. Elle a froid, et, sur un signe d'elle, après avoir tiré son poignard pour la frapper, il ôte son caftan pour lui couvrir les pieds. Elle veut qu'il lappelle tsarine. Il se révolte : (1 Quelle tsarine es-tu? T ai-je conduite à lautel? T'ai-je fait couronner? " Mais elle répond : « Quelle idée as-tu de discuter avec une sotte femme ? Crache sur elle et fais ce qu'elle veut ! 1) Et le tsar obéit encore. Elle s'endort, et alors, quand il est sûr qu elle ne l'entend plus, il lui parle d'amour. Il n'osait auparavant, lui qui ose tout.

Sur les motifs qui ont déterminé la disgrâce des deux favorites nous ne savons rien. Ostrovski a j)cut-être deviné en

mettant dans la bouche d'Ivan ces mots adressés à la Vassiltchikov :

Tu maigris; je n'aime pas les maigres...

D'après une des lég^endes en cours, une troisième maîtresse aurait succédé à celles-ci en 1573, Marie Doljjorouki, renvoyée après la première nuit sur le soupçon qu'elle en aimait un autre, ou sur la découverte qu'elle n'était pas vierge, et noyée dans une voiture que des chevaux furieux précipitaient dans la Siéra. Mais le trait a été appliqué à diverses compag^nes du tsar et au témoignag^e de plusieurs chroniques confirmé par von Buchau, la Vassiltchikov demeurait encore en faveur trois années plus tard, pour mourir ensuite de mort violente, semble-t-il. Après une carrière beaucoup plus courte, Vassilissa, toute jeune et fort belle, s'il faut en croire les chroniqueurs, fut renfermée dans un monastère de Novgforod, Ivan s'étant aperçu qu'elle reg^ardait avec trop de complaisance le prince Ivan Devtelev qu'il faisait supplicier en même temps.

En septembre 1580, au moment où Bathory préparait une seconde campagne de victoir s, le tsar contracta une septième ou une huitième union, plus ou moins légitime, avec Marie Nagoï, fille d'un de ses boïars, Fédor Fédorovitch, et mère bientôt du tsarévitch Dmitri. A la même époque, il mariait son fils Féodor avec la sœur de Boris Godounov, Irène, et se créait ainsi une nouvelle famille, sur laquelle semblent sètre concentrées ses dernières affections; ce qui ne l'empêchait pas, nous le savons déjà, de poursuivre son projet de mariage avec Marie Hastings.

On devine ce que pouvait être, dans ces conditions, un intérieur qui, en 1581, se trouva bouleversé encore et assombri par la catastrophe à laquelle j'ai déjà fait allusion

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