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LES RÉSULTATS DU RÈGNE

Les massacres ordonnés par Ivan ont été notoirement exagérés par ses adversaires et ses détracteurs, les uns inspirant les autres. Kourbski mentionne comme entièrement anéanties des familles — les Kolytchev, les Zabolotski, les Odoiévski, les Vorotynski — que l'on retrouve dans les inventaires du siècle suivant. L'émigration a fait certainement plus de vides dans la classe aristocratique, sans pourtant dégarnir entièrement ses rangs. Ivan n'a d'ailleurs obéi, sur ce point, à aucun parti pris absolu, et il s'est lui-même préoccupé de faire un sort à trois grandes maisons : les Mstislavski, les Glinski, et les Romanov, dont la fidélité lui semblait suffisamment garantie par l'absence d'attaches dans le pays, la dépendance matérielle, et la parenté. Les deux premières arrivaient récemment de Lithuanie, la troisième faisait parti de la famille du souverain.

L'affaiblissement de 1 élément aristocratique a eu pour instrument principal des causes économiques et des mesures politiques. Au cours du seizième siècle, la propriété foncière

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s'émietta d'abord spontanément aux mains des boïars, par l'effet de l'endettement universel. Sur les registres d'un usurier de l'époque, Protopopov, nous trouvons tout un armoriai, et les archives du monastère de Saint-Cyrille nous monti-ent la marche du phénomène : en 1557, ne trouvant sans doute plus de crédit chez les Protopopov, le prince D. D. Oukhtomski vend aux moines, pour 350 roubles, un village avec dix-sept hameaux en dépendant; trois années plus tard, il touche 150 roubles et abandonne quatre autres dépendances ; à la même époque, la communauté fait 1 acquisition d un g^rand domaine appartenant à la même famille, et, en 1575, elle en tire encore un lot de prairies « pour des messes » . De façon ou d'autre, tout le bien des Oukhtomski y passe. (V. Rojkov, C Agriculture... au seizième siècle , 1899, p. 396.)

Or, cette détresse financière des grandes familles est une conséquence directe du nouveau régime politique, et des obligations qu'il met à leur charg^e. Le service universel implique le séjour à la cour ou dans le voisinage de la cour, quand ce n est pas la présence sous les drapeaux, ou l'exercice d une fonction quelconque. Habitant le domaine patrimonial, on avait peine déjà à en tirer un maigre revenu; absent, on est vite ruiné. Là-dessus arrive lOyiPïVzcA/ima, c'est-à-dire la dépossession en masse dans les conditions que j'ai indiquées : déjà ébranlées, la situation économique et la situation politique des intéressés y reçoivent le coup de grâce. Avec le système de cautionnement développé par Ivan, l'effet de 1 émigration est lui-même décuplé, centuplé, dans le même sens, car pour un fugitif il y a dix, cent, répondants qui paient. En dehors des Stroganov on ne saurait aussi trouver un seul exemple de grande fortune aristocratique ayant échappé à cet autre massacre. Si parmi les gens riches se rencontrent encore aujourd'hui des descendants de Rurik ou de Guédymine authentiques, quelques Troubetzkoï, Galitzine, Kourakine, Soltykov, Boutourline, leur opulence ne date que du dix-huitième siècle et des faveurs de quelque impératrice.

C'est ainsi que, sur cette classe, déjà différenciée des aristo-

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cratles occidentales par l'absence du principe féodal, a été consommée une œuvre de nivellement démocratique. La hiérarchie du service créait bien, à côté, des titres nouveaux et (les prérogatives nouvelles, garanties par le miéstniichestvo, mais non pas les éléments d'une corporation, au sens occidental du mot; elle tendait, au contraire, à pulvériser la famille elle-même et à la réduire en atomes, sur lesquels le pouvoir absolu maintenait et fortifiait sa prise.

Cette révolution, dont l'élément populaire semblait devoir bénéficier, n'a eu cependant pour lui que des fruits amers^ i|ie nouveau ré^me^futjmejn^isoii^A^iieui-étâ^^e^ un

même plaji^^onctiormajres en hant^ sprfn pn has^^srlavngp ' partoirL^lais le Terrible n'a fait, à cet égard, qu'achever ou poursuivre ce qui se trouvait depuis deux siècles dans le programme de Moscou, et V opritchnina elle-même n'a été qu'une extension de la politique appliquée par les prédécesseurs du tsar aux villes et territoires dont ils opéraient la conquête. C'était une sorte de colonisation à rebours. Quant à la colonisation au sens normal, elle a continué à dépendre de l'ini- ^.tiative privée; mais Ivan lui a donné du champ.

"~"A l'ouest, sa politique d'expansion a échoué. On ne saurait sans injustice lui en faire porter toute la responsabilité. Un siècle et demi plus tard, si, en reprenant le même chemin, au lieu d'un fou comme Charles XII, Pierre le Grand avait rencontré un Bathory, la bataille de Poltava aurait peut-être iiutrement tourné. A l'est. Knzan. Astrakhan et la Sibérie font__ la part du Terrible, suflisaiiuncut belle.

Au point de vue économique, la conquête de Kazan n'a pas donné les avantages immédiats qu'on en pouvait attendre. Le commerce, dont les Tatars exagéraient l'importance pour engager le Sultan à reprendre la ville, y donna des défe[)tions iuix Anglais. Ivan n'a pas négligé de chercher ailleurs des compensations. En offrant aux marchands suédois libre passage sur ses terres, même pour la route des Indes, il stipulait en faveur de ses sujets le même privilège, pour les relations à entretenir ou à créer avec Lubeck et même avec l'Espagne.

En 1567, nous trouvons dans les chroniques mention faite de marchands russes se rendant à Anvers et à Londres, et, en 1568, les sources anglaises signalent la présence sur les bords de la Tamise de deux de ces Moscovites, Tviérdikov et Pogoriélov, qui passent pour des ambassadeurs. Ils cumulaient sans doute, partageant leurs efforts entre le négoce et la diplomatie.

- Le développement de l'industrie, sous Ivan, fut surtout en surface : elle gagna en étendue par l'annexion des provinces de l'Est. L'acquisition du cours inférieur du Volga favorisa le développement des pêcheries. A Péréiaslavl. en 1562, il y eut quatre-vingt-dix-neuf établissements de ce genre. Les salines acquirent une grande importance après l'occupation par les Stroganov du littoral de la Kama et la découverte de mines de sel aux environs d'Astrakhan.

La politique financière d'Ivan n'appelle pas l'éloge : elle s'est résumée en une série d'expédients flairant le brigandage. Fletcher en indique quelques-uns : large tolérance pour les gouverneurs de provinces auxquels on fait rendre gorge après qu'ils se sont gavés ; même procédé appliqué aux monastères dont on laisse s'accroître la fortune ; accaparement temporaire ou monopolisation de certains produits ou marchandises sur lesquels on réalise ainsi d'importants bénéfices; amendes imposées à des fonctionnaires pour des délits fictifs. Le diplomate anglais rapporte l'anecdote presque incroyable d'un bonnet plein de mouches vivantes qui aurait été réclamé à cette fin à la municipalité de Moscou!

Les impôts eux-mêmes faisaient l'objet d'une exploitation aussi peu rationnelle que possible. D'une manière générale, tout besoin nouveau déterminait la création d'une taxe nouvelle, sans nul souci de proportionner les charges aux movens et sans qu'on prît garde de ne pas tuer la poule aux œufs d'or. A la fin du règne, la ponte fut bien près de s'arrêter. » La prise de Kazan et d'Astrakhan a servi principalement les intérêts de l'Église en élargissant son domaine. Le premier archevêque de Kazan, Gourii, opéra des conversions assez

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