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LES MONASTERES

hostiles d'abord, maltraitant et menaçant les pieux solitaires, puis rendus dociles à leur voix.

^. l'est, du côté de la frontière tatare, l'apostolat relig^ieux devança pareillement la conquête militaire avec des établissements monastiques qui, bien avant la prise de Kazan, dès le quatorzième siècle, franchissaient la Soura, pour suivre ensuite, aider et parfois protég^er les progrès de lexpansion nationale. Partout, disposant de grandes ressources, bien fortifiés souvent, les monastères servirent de point d'appui aux armées en campagne. Celui de Saint-Cyrille, avec ses remparts garnis d'artillerie et ses trente-huit grosses tours, l'emportait en valeur stratégique sur Novgorod.

Enfin, si l'affluence des fidèles dans ces lieux préférés de pèlerinage donnait lieu à des trafics injustifiables au milieu des foires concordant avec les fêtes patronales ; si la légitimité des avances faites par les moines aux particuliers au taux usuel de 10 pour 100 soulevait des controverses pénibles, une tradition, qui s'est perpétuée jusqu'au dix-huitième siècle, voulait aussi que la richesse ainsi accumulée aux mêmes lieux constituât une sorte de réserve, à laquelle le pavs avait pouvoir de recourir aux jours d épreuve. Comme les trésors amassés par les prêtres d Egypte dans le fameux Labvrinthe, ceux-ci n'étaient pas si àprement gardés qu'ils ne parussent faire partie, à certains égards, du patrimoine commun. L'usage voulait encore que les monastères ne refusassent à personne ni nourriture ni hospitalité temporaire. Princes et boïars s'en prévalaient eux-mêmes, entrant au passage dans la maison de Dieu, et, après s y être réconfortés, emportant encore des provisions pour la route. Quant aux pauvres, ils regardaient cette maison comme leur appartenant de quelque façon. Et la maison justifiait cette prétention. Au monastère de Volokolamsk, une année de disette, on distribua un jour du pain à 7,000 affamés, et, pendant des mois, on eut à en nourrir de 4 à 500. C était sous Vassili Ivanovitch, le père du Terrible, et 1 ihoumène Joseph vendit cette année le bétail et jusqu'aux vêtements de la communauté. Les moines se pri-

vèrent de kvass à leur table réduite au strict nécessaire. Dès cette époque, aussi, des hospices permanents et des hôpitaux furent établis dans certains monastères.

Pour se hausser à un rôle plus élevé encore ; pour, commt en Occident, constituer dans leurs ermitag^es ou dans leurs égalises des foyers de culture supérieure ou d'instruction élémentaire; pour devenir, en dehors de l'enseignement religieux, les éducateurs et les civilisateurs de leur peuple, que manquait-il à ces moines sublimes parfois, à ces prêtres souvent héroïques, les uns allant de porte en porte mendier la subsistance de milliers d infortunés, les autres bravant la résistance des éléments au sein des rudes contrées du Nord, ou, sur les marches du trône, la colère plus redoutable du prince?

L'histoire a depuis longtemps répondu : il leur manquait l'éducation.

Jusque 1 invasion mongole, sur 23 Métropolites ayant siégé en Russie 17 furent Grecs et longtemps après l'élément grec ou bulgare domina dans la composition des deux clergés. Même après qu'ils eurent cessé d être nommés à Gonstantinople, c'est-à-dire au lendemain de l'Union florentine, les Métropolites durent y chercher encore la confirmation de leur titre, et toujours l'apparition fréquente des moines de l'Orient venant en Russie pour recueillir des aumônes, les voyages non moins fréquents des pèlerins russes allant visiter les ermitages du mont Athos et les autres sanctuaires voisins maintenaient un courant continu de relations entre les deux Eglises. Toujours ainsi la vie religieuse du pays remonta à sa source première. Or l'histoire a dit ce qu'était maintenant cette source, où l'Europe occidentale elle-même s'était abreuvée autrefois. J'aurai à montrer plus loin ce que la Russie du seizième siècle pouvait en tirer, quels éléments de culture intellectuelle et d'enseignement moral. Je veux ici m'en tenir à un seul fait.

De 1420 à 1500, ce pays a vu surgir 150 établissements monastiques nouveaux et 65 encore de 1500 à 1588. Bien

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