L'OEUVRE D'IVAN
s'est montré disposé à sacrifier le reste, tout en cherchant à se faire illusion sur la valeur du but poursuivi et sur l'étendue du sacrifice. Dans cet autre rêve, tsar et peuple se rencontraient et ils devaient lui donner corps un jour, Pierre se substituant à Ivan pour achever l'incarnation dont la Russie moderne est sortie. Mais la mort du Terrible laissait l'œuvre à l'état embryonnaire.. Ayant surtout détruit, Ivan n avait pas eu le temps de construire. Encore moins avait-il assuré lai continuité de son effort. Adversaire malheureux de Bathorv] et meurtrier du tsarévitch-héritier, il léxjuait au pavs la g^uerre avec la Pologne et Tanarchie. Une nouvelle poussée victorieuse des rivaux de l'Ouest slave pénétrant jusqu à Moscou sous le couvert des faux Dmitri, et un retour offensif de l'oligarchie aristocratique reprenant ses avantages à la faveur de l'effondremen' général de 1 édifice inachevé, étaient là aussi en germe. C'est 1 histoire du dix-septième siècle. Mais Pierre le Grand ne devait pas mieux garantir son héritage contre les hasards du lendemain, et cependant, après une éclipse nouvelle. Catherine allait venir comme il était venu. La force restait, énorme déjà, matériellement accrue, moralement trempée et gage impérissable d'un prodigieux avenir (1).
(1) Chtcherbatov, le premier, dans son Histoire de Russie, V, .3^ partie, a aperçu les diversités du caractère d Ivan. Dans 1 Histoire de Karamzine, il v a deux Ivan qui ne s accordent pas ensemble, celui du vol. VIII et celui du vol. IX. POLEVOÏ, Histoire du peuple russe, vol. VI ; PocodinEj Fragments d'histoire et de critique, I, et Etude dans les Archives d'histoire et de sciences politiques, 1859, livre V; Kostomarov, enfin, dans une Etude publiée parle Messager de l Europe, 1871, n" 10, ont suivi celte voie, en attribuant les actes du souverain à des influences étrangères. Dans une Etude sur l'œuvre de C. Akssakov, Pét., 1861. Kostomarov a encore emprunté à cet écrivain l'idée du côté théâtral développé dans le caractère d'Ivan. — L'école de Moscou, représentée par Kavéline (OEuvres, I] et par Soloviov (Histoire de la Russie, VF, a adopté un point de vue différent, en cherchant à établir une liaison entre le rôle du souverain et son milieu historique : idée déjà mise en avant par Biélinski (OEuvres, IL. I. Samarine (OEuvres, F) et Bestoujev-Piioumine Œist. de Russie, IV, en suivant Samarine, ont insisté sur la faiblesse de volonté comme trait dominant dans la psvchologie d'Ivan. De mène laroch, dans son Parallèle entre Ivan et Pierre le Grand, Kharkov, 1898. Kovalevski, dans ses Essais de psychiatrie, Pétersb., 1893, 111, a plaidé la folie.