‹ Ivan le TerribleChapitre 30 sur 228 · LES ORIGINES DE LA COMMUNE · texte numérisé non relu

LES ORIGINES DE LA COMMUNE

tion, même pour la Russie, et une surprise joveuse. Il sembla qu'un monde nouveau fut découvert affirmant l'originalité et l'excellence d'une institution primordiale, dont le pavs pouvait s'enorgueillir à la face de l'Europe étonnée. Il fallut en rabattre. Des recherches ultérieures ont détruit l'illusion ainsi créée, en montrant la préexistence d'institutions analop^ues dans tous les pays européens ou extra-européens, de l'Irlande à Java et de l'Egypte à l'Inde. En Europe, la différence entre la Russie et ses voisines de l'Occident fut alors ramenée à une question d âge et de civilisation, [Niais la poursuite delà vérité et les déceptions en résultant ne s arrêtèrent pas là. On crut s apercevoir que cette commune russe, identifiée avec d'autres formes d'organisation primitive et attardée pensait-on ici, maintenue dans sa structure rudimentaire par un développement plus lent de la vie sociale et économique, avait, au contraire, une origine récente. Loin de procéder du communisme patriarcal des temps préhistoriques, n'était-elle pas un résultat de la responsabilité collective pour le payement des impôts, responsabilité étrangère au monde des paysans libres jusqu'à la fin du seizième siècle, imposée ensuite aux groupements ruraux par la loi du servage? Un fossile? Non! Un produit du régime politique que l'époque d Ivan le Terrible a fait triompher en Russie. Un trait de mœurs nationales? Encore moins! Une institution d'État.

Ainsi, selon le point de vue adopté par M. Tchitcherine (Essais SU7' l'histoire du droit russe, 1858, p. 4 et suiv.) et plus récemment par M. Milioukov (Essais sur l'histoire de la culture russe, I, 186 et suiv.), nous aurions ici un exemple, et frappant entre tous, de cette marche à rebours qui, à certains égards, semble bien une particularité du développement économique et social dans ce pays.

Mais l'exemple est-il bien choisi?

Dans la première moitié du seizième siècle le servage, nous l'avons vu, ne se rencontre en Russie qu'à l'état d exception ; la commune groupant des paysans liljres y parait cependant. Tout paysan doit même faire partie d'un de ces groupements.

-60 IVAN LE TEllUir.LE

En dehors, il n'y a que les vagabonds. Et ces g^roupements constituent des organismes autonomes, où prévaut un mode d existence démocratique et communautaire. L'assemblée où se discutent les intérêts communs est composée de tous les anciens de chaque maison faisant partie d'une circonscription qui comprend plusieurs groupements et qu'on appelle volost. Rien de l'institution qui est aujourd'hui connue sous ce nom. Tenant le milieu entre le canton et la commune de France, se rapprochant du township américain, lancienne volost a des attributions beaucoup plus étendues. L'assemblée qui en est la représentation possède le droit de rendre des ordonnances (hye-lawsj ; elle choisit les maires (golovyj et les anciens fstarosiyj de la commune ; elle fait la répartition des impôts directs établis par le gouvernement sur l'agriculture et sur l'industrie; elle désigne des membres de la commune pour assister les juges dans 1 exercice de leurs fonctions, ou jouer le rôle attribué, dans l'Allemagne du moyen âge, anxSchoJîfen, et, dans l'ancienne Suède, aux Nemd ; enfin, par l'organe des magistrats librement élus, elle exerce la police et défend les intérêts communs devant les autorités.

Tel est au moins l'état de choses dont on a pu retrouver la trace sur les terres noù-es possédées parles paysans libres, sans qu'il soit possible de dire s'il a existé pareillement sur les autres terres, en concurrence avec l'organisation judiciaire et policière, au sein de laquelle les justiciers bénéficiaires exerçaient leur autorité. D'autre part, sur les mêmes terres, on a constaté, au quinzième et au seizième siècle, des indices et des rudiments de propriété ou de possession collective. Au centre notamment, il est question fréquemment, dans les documents de l'époque, de cultivateurs appelés sossiédy (voisins), sidadnilii (de shladat : mettre ensemble), ou siabry, en qui on a deviné des paysans associés pour 1 exploitation d'une portion de terre déterminée, et, tout en interprétant autrement le nom et le mode d'existence de ces agriculteurs qu'il suppose n'avoir été unis que pour l'acquittement en commun de leurs redevances, M. Serguiéiévitch ('Antiquités juridiques,

Page 1