‹ Ivan le TerribleChapitre 31 sur 228 · LA COMML'NE ET LE " MIR · texte numérisé non relu

LA COMML'NE ET LE " MIR

1903, III, 61 et suiv., 119 et suiv.) admet d autres cas de communauté ag^raire. Sur les domaines du haut clergé et des monastères, dont l'histoire nous est mieux connue, la jouissance de certaines terres mises en tenure parait avoir été commune entre les tenanciers, en ce sens que le lot attribué à une famille, la vit ou la sokha, comme la virgate anglaise, nétait pas un espace défini et enfermé dans des limites matérielles, mais le droit d occuper et d exploiter par exemple cinq diëssialines dans chacun des trois champs du manoir. Dans un des domaines du monastère de la Troïtsa (Serguiéiévitch, ihid., p. 440), tout à fait exceptionnellement, se rencontre le fait de lexploitation commune de lots affectés à des groupes de paysans. Enfin, sur les terres confisquées par le grand-père d Ivan après 1 annexion de Novgorod, enlevées aux boïars et attribuées à des paysans censitaires, une communauté portant sur les prés, les lacs et les forêts a certainement pris naissance en tendant à se développer. Mais tout cela était local, rudimentaire ou nouveau, et tout cela était bien loin de la pleine et générale collectivité du mir russe actuel, avec la répartition périodique des lots, analogue au run-rig de certains manoirs modernes, anglais ou irlandais. Le mir ne se trouvait là qu à létat embryonnaire, sans que l'origine et le mode de développement de ce germe aient pu, jusqu'à présent, être indiqués avec précision.

Le développement a eu lieu du quinzième au seizième siècle. A cette époque, la commune russe nest assurément pas un reliquat de l'organisation patriarcale des premiers temps, détruite par la conquête normande, ou même plus anciennement, comme l'ont admis quelques historiens, parle mélange de la race slave avec des éléments étrangers, finnois. Mais y a-t-il eu des Finnois dans l'ancienne Russie du Sud? Gela n'est pas certain. Cette commune réinstaurée est-elle une résurrection de l'ancien régime communautaire, déterminée par la permanence de certaines habitudes sociales, ou le produit entièrement nouveau d une génération spontanée qu'il conviendrait d expliquer, comme les slavophiles le font volon-

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tiers, par une aptitude particulière du tempérament nationa à la vie en commun, à l'association"? Questions obscures et où les exig^ences de l'amour-propre national ne sont pas pour introduire de la clarté. L'aptitude dont il s'ag^it ne saurait être niée. Les artels sont là pour en témoig^ner. Mais en Allemagne, et surtout en Angleterre, l'esprit social a montré infiniment plus d'énergie encore, au sein de ces groupements communautaires dont la centralisation moderne n'a pas réussi à briser la résistance.

J'incline à supposer le mélange de deux principes, atavismes historiques et inclinations congénitales, se combinant au milieu d'une population longtemps maintenue à l'état inorganique et y déterminant, au seuil de l'époque moderne, cet organisme rudimentaire.

La commune russe du quinzième siècle n'a rien de familial. Elle est ouverte à tout venant. Tout paysan peut y entrer en prenant sa part des obligations communes. Elle est purement conventuelle, se distinguant par là des formations antiques conservées au sein de quelques autres peuples slaves dans leur originalité primitive. Mais une certaine autonomie administrative la rapproche de ce type ancestral. Le caractère et l'étendue de cette autonomie sont aussi matière à controverse. La commune du quinzième siècle prend-elle part à l'exercice de la justice et dans quelle mesure? Le débat reste ouveirt. II est certain, néanmoins, que l'organisation judiciaire du temps avec le système du kormlénié, que je viens d'indiquer, ne laissait guère de place à l'action d'un pouvoir rival quelconque. Le domaine appartenait aux « hommes de service » . Chasse gardée. Car le justiciable était bien encore un gibier.

Mais, au siècle suivant, l'aspect change. L'autonomie communale s'élargit brusquement. Elle tend à faire sienne l'administration provinciale entière, avec tous les pouvoirs en dépendant. Qu'est-il arrivé? Ceci, que les « hommes de service « ont failli à leur tâche. En exploitant le domaine, ils l'ont ruiné. Par leurs exactions et leur désordre, ils ont non

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