LE CODE DE
faculté de rachat accordée au coupable dans un g^rand nombre de cas. Le nouveau code ig^nore ce privilège. Les mots biti knouty, bùi baiogi Y reviennent presque à chaque alinéa. Dans lapplication de ces pénalités et même de la légfislation entière lidée de 1 égalité, très apparente, en concordance avec les tendances démocratiques du lieu, est cependant combattue par les principes contraires du droit coutumier. où l'Église a fait prévaloir l'influence byzantine. La pratique judiciaire ellemême a été ainsi rendue tributaire des sources civiles de la législation grecque : lois de Constantin le Grand, de Justinien, de Léon le Philosophe; églogues de Léon llsaurien et de Constantin Copronyme. Donc si les tribunaux sont pour le paysan comme pour tout le monde à responsabilité égale, le paysan sera pendu et le boïar simplement emprisonné ou fouetté. Plus habituellement aussi, on lui appliquera la torture, pour obtenir l'aveu d'un crime. L'inculpé est alors brûlé à petit feu; on lui brise les côtes; on lui enfonce des clous dans la chair. Nous sommes au seizième siècle.
Mais jusqu'au dix-septième siècle, retardant sur Iheure européenne, cette même législation maintiendra l'emploi du duel judiciaire, également emprunté à la coutume. Celle de Kovgorod admettait même le combat entre femmes saccusant lune 1 autre, tandis que, plus galant, le statut de Pskov autorisait le sexe faible à se faire remplacer, le même privilège appartenant aux vieillards, aux infirmes et aux moines. Dans le même sens, le code d Ivan IV devait se préoccuper d égaliser les forces des combattants. Mais à ce moment le duel judiciaire changeait de caractère. Il n avait été longtemps ici qu un expédient tout humain, peu apprécié, classé au troisième rang après laveu et le témoignage, parmi les moyens propres à faire reconnaître la vérité. En signe de défiance et de réprobation, on y ajoutait même subsidiairement le serment et le tirage au sort. Avant d'arriver au combat, on avait recours au serment, et le serment était déféré par voie de tirage au sort. L'idée de l'intervention divine n'existait là qu'à l'état latent. Maintenant elle ressortait,
s'affirmait. Le duel devenait une sorte de jugement de Dieu.
On voudra reconnaître en ceci un nouvel exemple de marche à reculons dans les voies du progrès ; on se rappellera toutefois que si l'ordalie a été proscrite en France, dès l'année 829, par un édit de Louis le Débonnaire, le Parlement a eu à renouveler linterdiction en 1400. Et, d'ailleurs, l'ordalie n'était pas tout à fait la même chose. Elle reposait essentiellement sur cette idée darbitrage céleste qui, en Russie ne s'est associée que sur le tard au principe du combat, simple legs ici d'un passé barbare, où on se faisait justice soi-même et où le règlement de toutes les contestations dépendait de la valeur personnelle des adversaires. C'est pourquoi, loin d en favoriser le maintien et l'application, comme elle a fait ailleurs pour les diverses formes du jugement de Dieu, 1 Eglise a combattu, au contraire, cette coutume-ci, tout en travaillant à V faire pénétrer 1 idée religieuse. Elle a contribué ainsi à en dégager les éléments accessoires, serment et tirage au sort, qui ont fini par être érigés en moyens de preuve indépendants. Dans les affaires ecclésiastiques, ce dernier expédient fut assez tôt d un emploi courant. On tirait la sentence comme un billet de loterie. Devant les tribunaux de droit commun, jusqu à la fin du seizième siècle, il y eut concours des mêmes modalités judiciaires, suivant une procédure dont un agent commercial anglais, Henri Lane, nous a laissé un curieux aperçu à propos d'un procès où il fut intéressé en 1560.
Il s'agissait d'une somme de GOO roubles à lui réclamée par un marchand de Kostroma. Le débat devait d abord être vidé dans un combat pour lequel Lane s était procuré un champion redoutable, un compatriote, aux gages comme lui-même de la compagnie anglaise de commerce, établie en Russie. Cet autre insulaire s'appelait Roman Best et devait faire souche dans ce pays, d une famille illustre, les Bestoujev. Mais 1 homme de Kostroma récusa 1 adversaire qu il jugeait sans doute trop dangereux, et alors on eut recours au sort. En présence de deux hauts fonctionnaires, faisant office d arbitre et d'une assistance nombreuse, les deux parties furent première-