‹ Ivan le TerribleChapitre 38 sur 228 · LES FOIRES · texte numérisé non relu

LES FOIRES

rablcs dans leur voisina{je que le souverain en tirait 180 pouds d'aiv;ent bon an mal an. Ces échang^es se faisaient d'ailleurs presque exclusivement en nature sans quon employât de la monnaie. Celle-ci, généralement rare, était accaparée par les non moins rares capitalistes, amasseurs de trésors et principalement par le plus grand thésaurisateur du pavs : le souverain.

La foire de Lampojnia. dont j ai fait mention, se rapprochait seule de celle-ci par 1 activité et l'ampleur de son marché, avec un commerce considérable de fourrures, notamment, achetées aux Samoièdes. Pour une hache en fer un de ces sauvages donnait autant de peaux de zibelines qu on pouvait en faire passer, en les attachant ensemble, dans 1 ouverture où se mettait le manche. Les marchands de Lithuanie avaient encore leur lieu de réunion spécial auprès d'un monastère de la Trinité, autre que la célèbre abbave de la province de Moscou, situé celui-là dans la province de Smolensk, sur les bords du Dnieper.

Les échanges avec létranger donnaient une balance détestable, car, les produits du pays étant généralement vendus à vil prix, ceux du dehors se payaient au contraire très cher. Une archine O", 71 1420) de velours, de damas ou de satin, valait un rouble; une pièce de drap fin anglais, 30 roubles; un tonneau de vin français, 4 roubles. Les écus étaient aussi marchandise d importation, la frappe à lintérieur du pavs ne suffisant pas aux besoins, et ils payaient un droit à 1 entrée, comme les autres objets.

Très appréciés pour leur habileté et leur esprit d entreprise, les marchands russes de l'époque jouissaient, à un autre point de vue, d une assez mauvaise réputation. Les étrangers déuoncaient à l'envie leur astuce et leur mauvaise foi, en ne faisant une exception que pour ceux de Pskov et de Novgorod, dont l'antique renom de probité se trouvait cependant altéré déjà. Le proverbe local : " La marchandise est faite pour les yeux " , rece\nit une très large application, ainsi que 1 habitude d exagérer les prix demandés pour

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chaque objet, jusqu'à en réclamer dix fois la valeur, pour peu que lacheteur parût riche et naïf. Les marchands en gros se faisaient communément accompagner par des experts, mais ceux-ci non moins communément cherchaient à gagner des deux côtés. Les étrangers observaient que plus un marchand invoquait Dieu en le prenant à témoin de son honnêteté, plus on avait de chance d'être volé. Tromper sur la qualité, la provenance et le poids de la marchandise ; vendre des contrefaçons; substituer un objet à un autre au moment de la livraison étaient des pratiques courantes.

Les succès des commerçants étrangers, Fespèce de privilège conquis dès le quinzième siècle sur les marchés moscovites par diverses maisons d'importation et d exportation, allemandes, flamandes, hollandaises, en attendant le monopole réel de la compagnie anglaise, s'expliquent en grande partie par ces détestables errements, — non pas que les étrangers n'arrivassent aussi à les suivre de quelque façon. Herberstein reconnaît qu'il n'était pas rare de les voir vendant pour 12 ducats un objet qui en valait un ou deux.

Ignorant et exploité aussi souvent qu'il était exploiteur, rançonné par l'État et mal protégé par lui. abusé par ces mêmes étrangers qui dénonçaient ses procédés malhonnêtes en les imitant, le Russe considérait le commerce comme une guerre, où les stratagèmes de toute espèce étaient légitimes, presque nécessaires. Les charges et les entraves imposées à son industrie par l'avidité et la maladresse des gouvernants se multipliaient à l'infini. L'empire se trouvait divisé en petites provinces commerciales s'étendant dans un rayon de 10 à 20 verstes autour d'un centre quelconque, ville ou village. Dans les limites de chacune de ces provinces les échanges n'étaient autorisés qu'au chef-lieu pour qu'ils n'échappassent pas à la taxation. Énormes et innombrables, les taxes s'aggravaient encore par un svstème d'affernuige qui laissait une marge considérable aux abus et aux exactions^ Avant d arriver au marché, la marchandise avait déjà à passer par les fourches caudines d'une fiscalité extravagante : barrières établies sur

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