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LE REGIME FISCAL

les routes, péag^es établis à la traversée des fleuves, douanes établies à l'entrée de chaque ville. Si la ville est riveraine d un fleuve, impôt sur l'embarquement et le débarquement. S'il y a un gosiimiyï dvor sur place, obligation d'y prendre quartier en payant la taxe réglementaire. Droits à payer à l'entrée et autres droits à payer à la sortie. Droit de magasinag^e et droit sur la vente de chaque objet quittant le magasin. Si l'objet vendu est un cheval, droit pour la marque et les écritures. Si c'est un poud de sel, droit sur le poids.

Imaginez un paysan arrivant au marché avec le produit de sa pauvre industrie. Il en faut beaucoup pour un rouble : un cheval, ou deux vaches, ou vingt oies, ou dix moutons, ou quelque dix ichelviérii de seigle, ou quatre traîneaux. Et il a déjà dépensé 8 à 10 diéngi en route, plus que le prix de son travail journalier ! En vendant son cheval, il en dépensera encore 15 autres.

Le système n'a assurément rien de particulier à ce pays-ci. Il faisait partie du droit commun à une époque où, en France, se conservaient encore les vestiges d'une fiscalité féodale non moins exigeante et oppressive ; où l'antique telonium converti en tonlieu et l'antique vinagrum devenu vieiwage rançonnaient les marchands au passage de chaque territoire ; où en 1567 on comptait encore cent à cent cinquante péages sur le cours de la Loire seul, et ou (V. Lavisse et Rambaud, Hist. générale, IV, 201) une caisse de mercerie transportée de Paris à Rouen, après avoir acquitté à la sortie 1 imposition foraine, payait à Sèvres, payait à Neuilly, à Saint-Denis, à Chatou, au Pecq, à Maisons, à Gonflans, à Poissy, à Triel, à Meulan. à Mantes, à la Roche-Guyon, à Vernon, aux Andelys, à Pont-de-l' Arche, au pont de Rouen, et si elle était à destination de l'Angleterre, pavait encore, à Rouen même, les droits de vicomte, les droits de rêve et de haut passage, sans compter le congé de l'amirauté pour l'embarquement, puis le fret, le pilotage et le reste.

En France, cependant, Louis XI s était déjà appliqué à réduire le nombre de ces impositions, prodigieusement accru

pendant l'anarchie de la guerre de Cent ans. C'était, en grande partie, le fruit de l'anarchie. Ici, c était la conséquence d un système qui s'aggravait, au contraire, en proportion des besoins et des exigences croissantes de l'Etat, et qui se compliquait et se surchargeait d'une foule de réglementations accessoires répondant à des conceptions économiques dont j'ai indiqué déjà la tendance néfaste. Un marchand lithuanien ayant apporté des draps à Moscou et pris livraison d une quantité correspondante de cire, en y ajoutant quelques menus objets d'argenterie, voyait sa marchandise saisie, parce que la vente et 1 achat des matières précieuses étaient interdits.

Le commerce avait à se ressentir encore de la misère générale des centres urbains, villes bâties généralement en bois, pavées de même, quand elles étaient pavées, et brûlant tous les dix ans en moyenne. Après T incendie de 1541, qui à Novgorod a détruit tout le quartier slave, neuf cent huit maisons, autre incendie en 1554, où quinze cents maisons deviennent la proie des flammes. Une des chroniques de la ville — la seconde — n'est guère qu'un calendrier de ces sinistres périodiques. jSulle précaution pour prévenir le retour du fléau. En 1560 seulement on s'avisera d établir à proximité des fovers quelques unes de ces cuves remplies d eau et de ces gaffes à forme de gigantesques balais que 1 on aperçoit aujourd hui encore dans les campagnes russes, aux abords des isbas toujours menacées. En 1570 on ajoutera la défense de chauffer les bains en été et même de cuire le pain ailleur» que dans des fours extérieurs.

Ajoutez le mauvais état des routes en un pays qui, faute de matériaux disponibles, est condamné, même de nos jours, à se passer de chaussées empierrées. Du port de $aint-]Sicolas, sur la mer Blanche, quand les Anglais y aborderont, jusqu'à Vologda, ou ils créeront leur premier comptoir, il y aura quatorze fois vingt-quatre heures de route par voie d eau, huit jours par voie de terre en hiver et, en été, cette dernière voie restera longtemps impraticable. De Vologda à

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