LES COMMUNICATIONS
(aroslavl on comptait deux jours, et trente de laroslavl à Astrakhan, par voie d'eau toujours. De ]!sovporod à ^arva, sur un parcours de première importance pour le commerce d exportation, la voie de terre se réduisait à des sentiers traversant des forêts et des marécages. Pas d"auberf]^es, des villa.ges rares. Entre Novgorod et Moscou c était le désert et entre Moscou et Yilna on ne passait, en été. qu avec les plus grandes difficultés. La seule route à peu près praticable en toute saison et relativement commode, traversant une contrée assez peuplée, reliait Pskov à Riga, sur la frontière occidentale. Les grands transports s opéraient aussi exclusivement par voie d eau en été, ou en hiver sur la neige durcie. Entre laroslavl et Moscou il n'était pas rare alors de rencontrer des sept cents ou huit cents traîneaux, remplis de céréales ou de poissons. On vovageait de préférence en nombreuse compagnie par crainte des attaques à main armée, très fréquentes.
L'insécurité était générale : Tatars à l'est faisant des incursions continuelles et massacrant ou dépouillant les vovageurs; cosaques au sud et brigands partout. Sur le Volga, des bandes de pirates défiaient jusqu'aux expéditions militaires organisées d année en année pour réprimer leurs entreprises.
Les voyageurs étrangers ont noté un trait qui surprend au milieu de tous ceux que je viens de rappeler : une excellente organisation des postes. De ^Novgorod à Moscou, quand la route était bonne, c est-à-dire en hiver, on franchissait 542 verstes en soixante-douze heures moyennant une taxe minime : 6 kopecks par étape de 20 verstes, et on trouvait aux relais autant de chevaux qu on voulait. En route, un cheval fatigué était vite remplacé : on 1 abandonnait et on en prenait un frais dans le premier village ou au premier passant qu on rencontrait. Service du tsar! Or il suffisait d'avoir une feuille de route délivrée par l'autorité compétente pour être servi de la sorte. En été, il est vrai, le tableau changeait. Le.< chevaux se trouvant au pâturage ou occupés aux travaux tics champs, des heures se passaient avant qu'on pût réunir 1 aUe-
lage requis. Mais alors on choisissait de préférence les voies d eau, sur lesquelles on trouvait des barques et des rameurs appartenant au même service d Etat.
G était un legs de la conquête tatare, qui a dû en partie ses succès foudroyants à Textrème rapidité et à l'agencement savant de ses moyens de transport. On n'oubliera pas qu'en France l'organisation des postes n'a été établie qu'en 1464 par un édit de Louis XI, et encore dans un but exclusivement politique, pour les courriers du roi. La Russie a toujours été un pays de surprises.
Mais cet avantage unique n'y compensait pas, au seizième siècle, d'autres causes d'infériorité qui paralysaient le développement de sa vie économique. En 1553, à Pskov, on enterrait dans les cimetières vingt-cinq mille cadavres, sans compter ceux en nombre inconnu qui pourrissaient dans la campagne. C'était la peste, autre fléau aussi périodique que l'incendie. En 1565, au printemps, il sera à Louki, à Toropiéts et à Smolensk, et à Polotsk en automne. L'année d'après, il ravagera Novgorod, Staraia-Roussa, Pskov encore, Mojaïsk et Moscou même. Derrière la peste ou la précédant, ou l'accompagnant, comme en 1570, venait la famine. Et les moyens de défense imaginés étaient aussi féroces que le fléau. En 1551, on chassait de Novgorod les marchands de Pskov qu'on croyait contaminés et on brûlait ceux qui résistaient. On brûlait aussi les prêtres qui s'avisaient de visiter les malades.
En réalité, la famine existait à l'état endémique, normal. L'Anglais Jenkinson, commerçant habile doublé d'un observateur sagace, parle de quatre-vingts personnes qui, sous ses yeux, ont péri en peu de temps faute de subsistance, c'est-àdire d'un peu de paille — car, en hiver, la paille desséchée et broyée servait à l'alimentation d'un grand nombre d'habitants accoutumés, en été, à se nourrir d'herbes, de racines, d'écorces d'arbres (Hakluyt, I, 323), L'étranger dénonce à ce propos l'inhumanité des gens du pays, indifférents à la vue de leurs semblables qui tombent et meurent d'inanition dans la rue. C'est un trait qui se retrouve partout où la misère, en se