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LES FINANCES

Nous n'avons aucune donnée précise sur le budget de l'État moscovite jusqu à la fin du seizième siècle. Sous le fils d Ivan IV, dans les dernières années de ce siècle, Fletcher a évalué les revenus de lempire à 1,400,000 roubles, provenant pour 400,000 roubles des impôts directs et pour 800,000 roubles des contributions indirectes. En regard des documents que nous possédons pour le règne d'Alexis, ces chiffres semblent se rapprocher de la réalité, et indiquer une movenne de 1,200,000 roubles environ, au chapitre de recettes, sous le règne du Terrible. A cette époque, en Angleterre, les impôts directs n'existant pas, les taxes de consommation ne rapportant que 140,000 couronnes, le revenu entier de Henri VIII ne dépassait pas un million de couronnes. Le rouble d alors étant compté pour 16 shillings et 8 pences, Ivan IV demandait donc à son peuple près de quatre fois plus que Heuri VIII au sien. (Voyez Philippson, Westeia-opa im Zeiialter von Philipp II, 1882, p. 59.)

En réalité, il en tirait bien davantage. La grande ressource du souverain moscovite, c'était en effet la terre, distribuée aux « hommes de service » et pourvoyant aux besoins essentiels de l'Etat, à l'entretien de l'armée et de 1 administration. C'est ainsi que ce souverain pouvait thésauriser. Le matériel de guerre et la solde de quelques troupes formant déjà le novau de l'armée régulière comportaient bien une assez grosse dépense. D'après certains témoignages, les trois quarts du revenu y passaient même ; mais le quart restant au moins pouvait être mis de côté; en effet, pour l'entretien de sa cour, le grandduc avait encore, comme tous les autres souverains d'Europe, son patrimoine personnel : trente-six villes avec villages et hameaux en dépendant, qui, en outre d'une redevance en argent, fournissaient du blé, du bétail, du poisson, du miel.

des fourrages, toutes choses qui ne servaient pas seulement à la consommation de cette cour, quelque grande qu'elle fût. mais faisaient lobjet d une vente assez considérable. Ivan IV en obtenait 60,000 roubles de revenu accessoire, et son successeur, plus économe, jusqu'à 230,000 roubles.

Toutes proportions gardées, ces traits se sont perpétués jusqu'à nos jours. Ils faisaient partie intégrante d'un régime qui a subi 1 épreuA e des siècles et qui a assuré au pays, assez docile pour s'en accommoder, sinon la prospérité, du moins la grandeur et la puissance matérielles, une force énorme de concentration et d expansion. Reste à connaître le secret de cette docilité. ^Xous y arriverons peut-être en essayant de pénétrer l'esprit d un peuple qui a réussi à faire de grandes choses avec de tels moyens (1).

(1) A consulter : pour l'organisation générale. C. Akssakov, OEiivres, vol. I ; D.Mnr.iÉv, OEuvres. vol. I. — Pour le conseil des boïars, KLiorrcHEvsRi, le Conseil des boïars, 1883; SERGriÉiÉvrrcH, Aiitiriuite's juridùjues, vol. II; Zagos- Ki^E, Hist. du droit public russe, 1877; VLADiMiRSKi-BorDA>"OVj Chrestomatie du droit russe, 1887; le même, Aperçu de l'hist. du droit russe, 1890. — Sources : flans le Recueil des chroniques russes. Diverses éditions en ont paru et une nouvelle édition est en cours de publication depuis 1846. Dans une première série, la chronique dite de Nicone, le Livre des tsars, la chronique de Lvov, celle dite Nonnantski, ainsi qu un fragment de chronique russe, ne sont que des transcriptions d une chronique officielle rédigée sous Ivan IV par Alexis Adachev, d'abord, puis par Ivan Viskovatvï. et égarée. La seconde et la troisième chroniques de ISovgorod et la première chronique de Pskov donnent quelques détails intéressants. Avec l'histoire d Ivan IV par Kourbski, la chronique d'Alexandre jSevski, la liste de service (Posloujnyï spissok) et les cadoftres (Pistsovyïa knigi) de l'époque, conservés dans les archives, ce sont à peu près les seules sources russes que nous possédions pour cette partie de l'histoire. — Pour l'histoire du Miéstnilchcslvo, Markiévitcu, Hist. du Miestnichestvo, 1888; M. Ko\kLK\SK.i, Modem rustoms and ancieut laïus of Bussia, 1891 : Zarikline, Vie privée des tsars russes, 1872; Jdasov, Matériaux pour le Concile de 1551, dans la Revue du ministère de l'instr. publ., 1876. Un livre nobiliaire frazriadnaia Kniga) pour 1559 a été publié dans le 1" vol. du Recueil de Simbirsh. — Pour l'histoire des gens de service : KLiorTCHETéKi, Cours d'histoire lithographie, vol. I; GrabovsKi, Histoire de l'administration locale, 1868. — l'our l'histoire de la comiiuino russe : C. Akssakov, I)e l'ancienne existence des Slaves, OEuvres, vol. I; SEticriKiÉviTcu, Antiquités juridiques, III. 408 et suiv. ; Milioukov, Essais sur l'histoire de la culture tusse, I; Sokolovski, Esquisse de l'histoire de la commune rurale au nord de la Russie, 1877, et la Vie économique de la population agricole en Russie, dans la Bibliothèque historique, 1870; Bixmenfeld, Des formes de la propriété territoriale dans l'ancienne Russie, 1855; Ttciutciieri.ne, Essais sur l'histoire du droit russe, 1858; EvFniENKO, Recherches sur l'histoire

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