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LE DEVELOPPEMENT INTELLECTUEL

est un knijnik, 1 homme de beaucoup de livres (kniga : livrC; . Mais de quels livres? Dans les bibliothèques monastiques, une place et même la place d'honneur est réservée aux apocryphes : Manuscrit dAdam confie au diable, Testament de Moïse, Vision d'Isaac... Leur crédit ég^ale celui des livres canoniques. Le correcteur de livres saints appelé d Orient, au commencement du seizième siècle, Maxime le Grec, sera le premier à s'élever contre la conviction que le soleil ne s'est pas couché pendant une semaine après la résurrection du Christ et contre la croyance à une vipère, grardienne du testament d'Adam sur les bords du Jourdain, 2sous possédons le catalogue de la bibliothèque de la Troïtsa au dix-septième siècle. La littérature ancienne y est représentée par quatre cent onze manuscrits. C'est à peu près le chiffre de Glastonbury, au treizième siècle. Mais quelle différence dans la composition. A Glastonbury les classiques romains, les historiens et les poètes tiennent le premier rang^; à la Troïtsa nous comptons 101 bibles, 46 livres liturgiques, 58 recueils de Pères de l'Église, 17 livres de droit ecclésiastique, un seul ouvrage de philosophie. Les plus nombreux sont les écrits ascétiques. Jusqu au dixseptième siècle, les écrivains de l'antiquité grecque et latine resteront des inconnus pour les lecteurs russes. Parmi les ouvrages profanes, les chroniques sont le plus goûtées. Mais quelles chroniques encore ! Celle de Malala ou Maleles avec ses citations de vers d'Orphée ; celle, plus répandue encore, de Georges 1 Hamartole, avec la description détaillée du vêtement de certain prêtre juif allant en Judée à la rencontre d'Alexandre le Grand. Pour la géographie et la cosmographie les auteurs faisant autorité sont Georges Pissides et surtout Cosmas Indicopleustes, dont les conclusions sur les dimensions de la terre d après la forme du tabernacle construit sous les ordres de Moïse ne rencontrent aucune incrédulité, et dont l'enseignement, se confondant avec la leçon des apocryphes, mêlant les idées de Ptolémée et d Aristote aux rêves des Manichéens et des Gnostiqties, propage les conceptions les plus saugrenues. En philosophie on s en tient à Jean Damas-

cène et à sa théorie de la science réduite à l'amour de Dieu. Mais jusqu au dix-huitième siècle, avec les œuvres des contemplatifs, Basile le Grand et Denis lAréopagite, le livre par excellence sera C Abeille, une compilation incohérente : citations de l'Écriture, extraits des Pères de lÉglise, péle-méle avec des pensées détachées, empruntées à Aristote, à Socrate, à Épicure, à Diodore, à Caton : un capharnaiim littéraire.

Sous linfluence des notions ainsi acquises, la prédiction des éclipses est traitée de sorcellerie ; les livres de mathématicjues, et sous ce nom on confond l'arithmétique et l'astronomie, la gféographie et la musique, sont proscrits comme impies, et le knijnik reste encerclé dans un horizon étroit, où les clartés de la science européenne ne pénètrent pas, et où il piétine sur place, loin du mouvement qui emporte ses voisins de l'Occident.

Au seizième siècle, il est vrai, un rayon et un souffle entrent dans cette prison. Moine d Albanie ayant étudié en Grèce et en Italie, Maxime le Grec est, de quelque façon, un Européen. Tout en bornant son activité littéraire et scientifique aux questions de religion et de morale, il apporte à la semelle de ses souliers un peu de poussière recueillie à Milan, à Florence, à Venise, à Ferrare, à Padoue surtout, où la grande lutte des partisans de Platon et des partisans dAristote, le courant qui porte les cercles intellectuels à limitation des moeurs païennes et aux attaques contre la théolog^ie du moyen âge n ont pas laissé de l'émouvoir. Il a connu à Venise le célèbre tvpographe Aide Manuce et remué à Florence les cendres encore chaudesdu bùcherde Savonarole. lia pris une idée de la g^rande importance scientifique de Paris. Tout cela ne lempèche pas cependant d être dépourvu entièrement de cet esprit critique qui constitue le grand levier du monde intellectuel de lOccident, et imprégnéd un scepticisme absolu à 1 égard de la science profane, jusqu à condamner une traduction russe, qui parait à ce moment, du fameux Lucidaire, œuvre du douzième siècle, attribuée à saint Anselme de Cantorbéry ou à Honoré d'Autun, avec quelques problèmes de

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