LES BIBLIOTHÈQUES
cosmographie et de physique, traités de façon relativement raisonnahle. Il ne veut pas quelle trouve place dans les bibliothèques, d'où les classiques grecs et latins sont exilés.
Une légende sest formée autour d'un recueil des mêmes classiques qui, avec un grand nombre d'autres œuvres profanes et quelques manuscrits hébreux, aurait figuré au Kreml même de Moscou dès le quinzième siècle. Révélée au public russe par les recherches de deux savants étrangers, Klossius (1834) et Tremer '1891), l'existence présumée de cette bibliothèque a provoqué récemment encore (1894j une polémique de presse et mèm« des fouilles dans les sous-sols du vieux palais. Celles-ci n ont donné qu'un résultat négatif. Que le chroniqueur livonien Nyenstaedt, auteur dun premier récit où la bibliothèque est mentionnée, et le professeur de 1 Université de Derpt, Dabiélov, inventeur, en 1820, d'un catalogue qui n"a jamais pu être retrouvé depuis, aient été des mystificateurs ou des mystifiés, il parait certain que la légende ne repose sur rien de réel. Bien plus anciennement, d'ailleurs, une fable analogue avait déjà attribué aux souverains moscovites la possession d un lot de manuscrits bvzantins, que l'empereur Jean aurait ainsi mis en sûreté à la veille de la prise de Constantinople. Sur quoi le cardinal San Giorgio confiait en IGOOau Grec Pierre Arcudius, en lui faisant accompagner une ambassade polonaise, la mission de vérifier le lait qui se trouva également faux, inventé de toutes pièces. Ivan IV et ses prédécesseurs ont possédé certainement quelques livres et quelques manuscrits; mais, jusqu'à la fin du quinzième siècle, la présence d'un seul ouvrage en langue étrangère, un herbier allemand, nous est authentiquement signalée dans ce recueil, au milieu de livres de liturgie, de iïienée.s, de chroniques et de traités astrologiques.
Sous la double influence du bvzantinisme originel et du matérialisme inhérent, dans toutes les sociétés, aux premières phases de développement, la vie intellectuelle devait, ici, se partager longtemps entre deux tendances contraires et se combinant pourtant curieusement parfois, ainsi que nous le
verrons : ascétisme vide d'idéal et sensualisme grossier, double voie d'accès à un néant commun.