‹ Ivan le TerribleChapitre 47 sur 228 · LES COURANTS INTELLECTUELS · texte numérisé non relu

LES COURANTS INTELLECTUELS

De l'indépendance élémentaire et stérile, celle de la sauva- .Tcrie, où il a vécu jusqu à 1 introduction du christianisme, ce pays est tombé immédiatement sous le joug d'une morale austère et non moins sauvage à sa façon, proscrivant dans toutes les directions la liberté de savoir, comme la liberté de créer et même de vivre. Toutes les forces vives auxquelles Ihumanité a du son ennoblissement étaient condamnées par cette discipline et maudites. Maudit le monde de la science libre, comme foyer d hérésie et d incrédulité; maudit le monde de la création libre, comme élément de corruption; et maudite même la vie libre avec ses joies, ses gaietés, ses plaisirs profanes, comme élément de scandale. Et voici que les bardes ont disparu de la cour des princes; dans les chroniques le ton animé et le tour poétique propres aux écrivains du onzième et du douzième siècle ont fait place à une narration sèchement didactique, défigurant, proscrivant jusqu'aux documents épiques par elle utilisés; la conversation elle-même, en tant qu'elle s'écarte des sujets religieux, est frappée d'anathème. L'abstinence, sous toutes les formes, est devenue la règle essentielle de l'existence. Dans certaines familles, on habitue les enfants en bas âge à se passer de lait! A deux ans, on veut qu'ils observent tous les jeûnes. L'usage de la viande n est permis que trois fois par semaine, et les rapports sexuels entre époux sont prohibés trois fois par semaine également, ainsi que les jours de fête et pendant tout le carême. Les compilateurs russes d'écrivains byzantins connaissent bien le mot de Caton : « Nous gouvernons le monde et les femmes nous gouvernent. ') L'Abeille le mettait en bonne place, ainsi que ce

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