INDIGENCE LITTERAIRE
la Pologfne voisine elle-même, bien que précipitée déjà vers la pente d'une décadence irrémédiable, le seizième siècle aura sa pléiade de penseurs et d'artistes, une littérature politique, tout au moins, prodigieusement fertile, un écrivain de génie, Rej. La langue est formée ; le style va atteindre sa perfection dans les sermons de Skarga. Tout à 1 heure, Bathorv se fera accompagner par une imprimerie jusque dans les campagnes qui remmèneront au cœur de la ^Moscovie. En Moscovie, lart de la typographie est à naitre comme les autres. On imprime ou on va imprimer en langue russe; mais les imprimeurs sont à Cracovie, à Venise, à Cettigné, à Tubingue, à Prague, à Vilna. Quand ils paraîtront à Moscou, on voudra les tuer et on brûlera leur maison. Qu auraient-ils d ailleurs à mettre sous presse? Des livres d heures, des psautiers, la Bible. Jusqu à la fin du seizième siècle, le répertoire ne variera guère; les seules œuvres où s'affirmera quelque travail indépendant de la pensée s'appelleront : les Articles de la vraie foi Tubingue, 1562); les Récits courts pour les dimanches et les jours de fête fibid., Ib62j ; De la justification de l'homme devant Dieu (Niéswiéz en Lithuanie, 1562).
Il y a bien la poésie populaire ; mais, en dehors des champs historiques où, tout à 1 heure, se reflétera la puissante personnalité du Terrible et où s accusera ainsi l'impulsion nouvelle, donnée par lui au génie national, cette poésie elle-même vit sur le fonds légué par la vieille Piussie de Kiev.
Toute l'activité littéraire, postérieure à la destruction de 1 ancien empire russe, s est trouvée résumée, dans la première moitié du seizième siècle, en deux ouvrages constituant une double somme des connaissances acquises, des idées mises en cours, de tout l'avoir intellectuel de ce peuple. L'un, achevé en 1552 mais commencé déjà en 1529, est une encyclopédie; l'autre, remontant par sa conception et sa composition à un passé déj \ lointain, prend la forme d'un ménagfier. C est le fameux Z?omoi7ro/ dont les Tcheti-Mineï du métropolite Macaire font la contre-partie. Les Tcheti-Mineï, ou Lectures du mois (de ^.r,y : mois et tchiiat : lire), sont un recueil de menées,
genre de composition très répandu déjà au quinzième siècle, mais paraissant ici dans un cadre singulièrement élargi. Il ne s'agissait, dans les menées ordinaires, que d offrir une lecture édifiante pour chaque jour du mois, en rapport avec la vie du saint indiqué par le calendrier. Macaire s'est proposé, lui, de réunir en douze énormes volumes toute la littérature de son pays. Livres saints avec leurs commentaires; vies de saints russes (paterikij et de saints grecs fsinaksaryj ; œuvres des Pères de l'Église; recueils encyclopédiques antérieurs tels que r Abeille, récits de voyages, il Y a tout mis. Il n'a pas tout épuisé. De l'Écriture sainte elle-même quelques livres, erreur de copiste ou omission intentionnelle, font défaut au rendezvous. La seconde conjecture est probable pour le Cantique des Cantiques. Tel quel, 1 ouvrage constitue pour l'histoire intellectuelle de l'époque un document sans pareil, et la partie hagiographique y offre, en outre, une indication curieuse du travail simultanément accompli dans la conscience nationale. Les saints des anciennes menées étaient des héros et des thaumaturges locaux. On ignorait à Moscou ceux de Novgorod, et réciproquement. Macaire nous les montre unis déjà dans une gloire et un culte communs à tous les pays de 1 empire. G est l'œuvre politique de Moscou qui s affirme et triomphe en cet Olympe chrétien prenant possession des églises du Kreml et s'y associant aux splendeurs profanes de la monarchie unifiée.
Le Métropolite n'a pu, on l'imagine bien, que diriger la rédaction de son recueil, et, en s'entourant de collaborateurs choisis avec soin, il a été le fondateur du premier cénacle littéraire que la Russie ait connu; il a ainsi déterminé un mouvement qui s est propagé autour de lui et qui lui a survécu. Attachant une grande importance au style, il a assuré, d'autre part, dans la littérature du pays, la prédominance de sa langue — le slavon ecclésiasti([ue — substituée au parler populaire jusque dans les vies des saints primitivement écrites dans cet idiome. Mais, pas plus que dans les œuvres de Maxime-lc-Grec, il ne faut pas chercher dans la sienne d es-