DEFAUT D'ORIGINALITÉ
cette fois, de lui attribuer une origine orientale, asiatique. Enfin, au quinzième siècle, un remous se produit; sous l'action probable du sentiment religieux, de l'orthodoxie mise en éveil par la lutte de la Réforme avec la Papauté, les traditions byzantines reprennent le dessus, en même temps, cependant, qu'une certaine pénétration du génie allemand, protestant, se laisse reconnaître dans la longue feuille profondément découpée, qui, empruntée à une espèce de figuier sauvage, s'étale ou se recroqueville, froidement modelée en noir, au milieu de la riche palette orientale.
Tout cela est bien russe sans contestation possible; mais tout cela a-t-il donné une forme d'art adéquate au génie national, c'est-à-dire sinon capable de s'imposer à l'admiration et à l'imitation des autres peuples, comme l'art grec ou même l'art français et Fart italien de certaines époques, du moins constituant un fonds propre susceptible de développement indépendant? On pourrait répondre affirmativement si, en s inspirant des modèles étrangers, les emprunteurs russes V avaient ajouté autre chose que des défaillances d'exécution, des déformations plus ou moins heureuses et des combinaisons généralement mal venues; s'ils y avaient introduit précisément quelque chose de leur cru, la faune et la flore de leur pays, le reflet de leur ciel; si, à travers l'assimilation constante des tvpes exotiques, ils avaient su se mettre en communion directe avec la nature, — première condition et point de départ nécessaire d'un art original. Mais ils n'ont fait que copier, ajuster et défigurer. Examinez le balcon ouvragé d'une isba : vous y verrez grossièrement reprochiitcs, jusqu'à en être méconnaissables, se laissant deviner pourtant, des figures — de lions et de panthères, des représentations de palmes ou de figuiers, toujours! Il faut arriver jusqu'aux manifestations les plus récentes de cet art qui en est encore à chercher sa voie, jusqu'aux essais timides de qiichiiies imagiers ultramodernes, pour apercevoir, sous leur crayon ou sous leur pinceau, la silhouette d'un conifère, la blanche fourrure d'un animal né sous le ciel septentrional.
Nous ignorons dans quelles conditions, d'après quels plans et avec 1 emploi de quelle main-d'œuvre ont été bâties les quelques églises russes des treizième et quatorzième siècles dont le style appelle léloge. Pour les édifices religieux ou profanes des quinzième et seizième siècles, offrant à la vue les mêmes qualités, 1 église de l'Assomption à Moscou, la porte de Saint-Nicolas à Mojaïsk, le célèbre « palais à facettes » (granovitaïa palatoj il y a certitude historique : des artistes italiens y ont mis leur signature. Jusqu'à ces derniers temps, construite entre 1553 et 1559, la troublante et effarante église de Basile-le-Bienheureux fVassili BlajennoiJ, où Karamzine a vu un « chef-d'œuvre d architecture gothique » , le Père Martynov une « évocation de YErechiheion de l'acropole d'Athènes » , Théophile Gautier ^ un immense dragon accroupi " , Kugier » un énorme tas de champignons " et Custine « une boite de confitures m , a passé également pour une œuvre italienne. L'erreur a été maintenant reconnue. Les comptes des architectes ont été retrouvés et ont livré à l'histoire deux noms russes, ceux de Barma et Postnikov. Il faut rendre à la Russie du seizième siècle ce qui lui appartient et débarrasser la philosophie de l'art d'une de ses plus déconcertantes énigmes. Il faut reconnaître aussi, contrairement à des assertions qui ont eu longtemps cours, que cette bâtisse singulière n'a pas été, en son temps, un phénomène isolé, « un monument tiré à une seule épreuve » . Elle se rattache à tout un système d'architecture, dont le principe doit sans doute être cherché dans les constructions en bois si répandues en ce pays et dont le tvpe se retrouve sur divers points de son territoire : à Novomoskovsk, dans le gouvernement actuel d Ekatiérinoslav, à Diakovo. dans le voisinage même de Moscou. En paralvsant le développement de l'architecture, comme de la statuaire, l'absence d'autres matériaux, ou du moins la difficulté de se procurer de la pierre, a imposé ici ce mode de structure, pour lc(juel certaines indications ont pu aussi être reçues de l'Inde et dont le trait essentiel est laccolement et 1 enchevêtrement d'un certain nombre de corps de