‹ Ivan le TerribleChapitre 59 sur 228 · LA REFORME · texte numérisé non relu

LA REFORME

au concile de 1503, quitte d'ailleurs à retourner dans son désert. Mais la question continua à être apitée dans la littérature, et les idées de Termite furent adoptées et relevées avec éclat par un autre moine, le moins qualifié en apparence pour s'en faire le champion. Tirant son origine deGuédymine apparenté de près avec la maison régnante, Vassiane Kossoï, dans le monde prince Vassili Ivanovitch Patrikiév-Kossoi, restait, même sous le Idobouk, un homme du monde, Homme d État et diplomate, il n avait revêtu le froc en 1499, après une carrière brillante, qu'à la suite d une disgrâce et par ordre. Mais d'anciennes relations le rattachaient à un monde de penseurs libres, frisant Ihérésie, et un séjour forcé à Biélooziéro le rapprocha de Nil 8orski. Rappelé à Moscou à l'occasion du concile de 1503, il épousa hardiment la cause des niéstiajatiéli, et mit à son service une habileté et une énergie qui manquaient à l'ermite de Yolok; un talent d'écrivain aussi qui , bien qu il ne fut qu'un vulgarisateur des idées d autrui, le mit au premier rang parmi les rares publicistes de 1 ancienne Russie. Après la mort de Sorski, Vassiane trouva un compagnon de lutte dans Maxime le Grec, amené par son travail de correcteur à la recherche des autres éléments de corruption morale, et, dans son ardeur, au milieu de polémiques entamées avec les hérétiques locaux ou étrangers, poussé, sur cette question particidière de la propriété, jusqu à se faire 1 écho des Hussites. Joseph Volotski avait déjà suivi Nil dans la tombe (1515); mais ses partisans, les losiflianié, comme on les appelait, tenaient bon, et, au concile de 1525, Maxime subit à son tour une condamnation, facilitée par quelques erreurs de traduction que 1 insuffisance de sa méthode scientifique et son ignorance de la langue russe permettaient de mettre à son compte. Il se rencontra alors au monastère de Yolok avec Vassiane Patrikiév, également frappé et exilé (1531), et traîna le reste de sa vie dans les prisons cloitrées. « Nous baisons vos cliaincs, mais nous ne pouvons rien pour vous " , lui écrivait le métropolite Macaire, meilleur diplomate encore que Vassiane et assez habile

pour soutenir un rôle équivoque entre les deux camps.

Mais la lutte continua et s étendit. Parmi les condamnés de 1531, figurait un ihoumène de la Troitsa, Artemi, qui. dans la doctrine des losijlianié, répudiait la mise à mort des hérétiques, et se rapprochait ainsi des " moines de delà le Volga » dont c'était aussi le sentiment : " Nous navons pas le droit de juger ces malheureux; nous devons seulement prier pour eux » , écrivait un de ces solitaires. Une poussée de hbéralisme se produisait dans ce miheu, faite pour surprendre à cette époque, en même temps cependant que par la Pologne, où le protestantisme était en pleine propagation, Artemi et ses disciples prenaient contact avec le mouvement réformateur anticatholique, et que d'autres adversaires de l'Église officielle, destinés à subir bientôt ses foudres, les Mathieu Bachkine et les Théodore Kossoï, versaient dans une tendance parallèle au mouvement rationaliste de leur temps, tout en adoptant certains traits de l'enseignement propagé par les solitaire de Volok.

Ainsi cette réforme russe rayonnait dans diverses directions, les Zavolojskiié startsy comme les losijlianié ne visant par des moyens divers qu à une reconstruction de 1 édifice religieux et les sectaires du type d Artemi poursuivant une œuvre entièrement révolutionnaire et destructive. Un élément politique intervenait aussi dans le débat. Volotski était conservateur jusque dans sa conception des rapports à maintenir entre 1 Église et l'État, celui-ci appliqué à servir les intérêts de celle-là et obtenant d'elle en échange une soumission absolue. Basé dans son existence matérielle, sur la possession privilégiée de la terre, le monastère lui-même recevait, dans cette organisation, le caractère d une institution d'État, centre et pépinière dune aristocratie ecclésiastique; et victorieusement soutenue, cette doctrine a assurément concouru à rétablissement du pouvoir autocratique de Moscou. Les Zavolojskiié siarisy avaient, eux, des idées très différentes à ce sujet. Personnellement, Nil Sorski se désintéressait de la question. Elle lui était étrangère; elle n'existait pas au point de vue

Page 1