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L'ANCIENNE ET LA NOUVELLE RUSSIE

Varsovie à Irkoutsk. La Russie de Kiev n était plus et la Russie de Saint-Pétersbourg n'était pas encore. De ce qui, au dixième et au onzième siècle, avait constitué l'empire des laroslav et des Vladimir, le souverain établi maintenant à Moscou ne possédait pas un pouce de terrain. Il se faisait bien appeler duc ou tsar « de toutes les Russies » , mais son droit à prendre ce titre était à peu près le même que celui des rois d'Ang^leterre, ses contemporains, à mettre les armes et la couronne de France dans leur patrimoine. La Russie de Kiev faisait maintenant partie du domaine polonais ; la Russie de Mokhilev du domaine lithuanien. Russie Roufje, Russie Blanche, Petite- Russie, tout appartenait au voisin. Moscou n'était qu'une colonie russe en pays étranger, finnois.

Du onzième au treizième siècle l'empire de Kiev s'était dissous au milieu des luttes fratricides engagées entre les fils de Vladimir Monomaque. Au treizième siècle il avait subi l'invasion tatare ; au siècle suivant, la conquête polonolithuanienne, et il n'en restait rien. Au milieu de la tourmente, un des héritiers de Monomaque, Georges Dolgorouki, s'était mis à la tète d'une bande de colons russes en quête d'un nouvel établissement. Passant à travers les forêts immenses, qui séparaient alors le bassin du Dnieper du bassin du Volga, il avait poussé au nord-est, subjuguant les peuplades d'origine finnoise qu'il rencontrait en chemin; et, fondée en 1147, Moscou, c'était cela : une ville en pays conquis, un campement d émigrés. Encore l'invasion mongole avait, ici même, surpris la colonie en pleine installation. Elle lui avait imposé des lois et des mœurs étrangères. Pendant deux siècles, depuis le désastre de la Kalka (1224), elle avait pesé sur le pays de tout son poids d'ouragan asiatique. Vers la fin du quinzième siècle seulement, profitant de la lente désagrégation de l'empire mongol, les princes moscovites s'étaient sentis assez forts pour secouer le joug. En même temps ils avaient travaillé à réunir d'autres colonies voisines, puis quelques épaves plus proches de l'ancienne patrie russe, et ils s'étaient ainsi donné un empire nouveau; ils avaient

donné à la Russie un nouveau foyer. Novg^orod en était depuis 1478 :Tver, Rostov, laroslav en furent bientôt également. Ivan III — le Grand, comme on l'a justement appelé

V adjoignit encore des territoires non compris dans les

limites de l'ancienne Russie, poussant les frontières de la Russie nouvelle au nord jusqu'à la Finlande, à la mer Blanche et à l'océan Glacial ; à l'est jusque vers l'Oural. Son fils, Yassili, y ajouta au sud Riazan et Novgorod Siéviérskiï. Tout cela faisait-il un pays au sens historique du mot? Pas encore.

LE TERHITOIRE

A son avènement, en 1533, Ivan IV — le Terrible — hérite déjà d'un domaine considérable, mais qui, géographiquement même, manque d'unité et d'harmonie. Le tumulte de la bataille, le désordre de la conquête s'y montrent partout. On dirait d'une jonchée de dépouilles. Autour du noyau central moscovite, par anneaux excentriques constamment élargis, ont été groupés des territoires qui, pour la plupart, n'ont même pas figure de provinces, et qu'on ne sait désigner que par des indications topographiques : au nord-est les gouvernements actuels d'Arkhangelsk, Vologda et Olonetz ; au nord-ouest ceux de Novgorod et de Pskov; à l'ouest et au sud-ouest la région du Dnieper avec le gouvernement actuel de Smolensk, la partie occidentale du gouvernement actuel de Kalouga, une partie du gouvernement de Tchernigov et les districts occidentaux des gouvernements d Oreî et de Koursk ; au nord-est la région des steppes, sans frontière méridionale définie, ayant pour frontière septentrionale le 55* parallèle, c'est-à-dire la limite septentrionale des gouvernements actuels de Kalouga, Toula, Riazan, Tambov, l^enza et Simbirsk ; enfin, à l'est, le bassin de la Kania avec ses affluents : la Yiatka, la Tchoussova et la Biéla.

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