LA FEMME
Dans la condition qui est faite à la compagne de Thomme par la lég^islation et la coutume moscovites, les influences de race ne sont certainement pour rien. Le terem, on le sait maintenant, n'est pas d'origine asiatique. Sous un nom tatar on a reconnu le gynécée g^réco-romain, travesti à la mode de Byzance. La tendance générale du monde slave ne saurait aussi être accusée : elle était au contraire pour assurer à la femme une situation privilégiée. En désaccord sur ce point avec les lois romaines, germaniques ou Scandinaves, la plupart des lois slaves repoussent la conception de l'être inférieur placé sous la tutelle permanente des parents masculins, ou même assimilé aux choses dont on dispose arbitrairement. En Russie même, d'après le code de Jaroslav, l'indemnité à payer pour le meurtre, la glovchichizna (prix de la tête) e?-i supérieure s'il s'agit de la femme, et la capacité juridique reste égale pour les deux sexes jusque dans le code d'Ivan IV. En 1557 seulement, le Terrible s'avisera de porter atteinte à ce principe en décidant la nullité de la clause par laquelle l'épouse abandonnerait par testament à l'époux l'administration de ses biens. « Ce que le mari ordonne, la femme l'écrit" , disent les considérants de la nouvelle loi. Mais il y a là une simple constatation de fait et une précaution dans l'intérêt de la femme, plutôt qu'un arrêt de déchéance.
Qu'on doive l'attribuer à sa participation au sacerdoce dans les communautés slaves primitives, comme le pense le savant historien des législations slaves, Maciojo^vski, ou à toute autre cause plus probante, car l'égalité dans le sacerdoce semble déjà un résultat, le triomphe relatif de lEve slave, même sur le sol russe, est un fait. Seulement, en Russie, sur ce fait primordial, Byzance a mis le sceau de ses conceptions très diffé-
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r? ntes, empruntées en grande partie à la doctrine païenne. Lfi compilateurs de Constantinople ont relevé avec soin luphorisme attribué à Solon : <> L homme sage rend grâces aux dieux tous les jours pour avoir fait de lui un Grec et non irn barbare, un homme et non une béte, un mâle et non une fwmelle, » Ils ont pris note d Aristote attribuant aux citoyens j. iein pouvoir sur les enfants, les esclaves — et la femme ; et ils ont amalgamé industrieusement ces préceptes avec les notions chrétiennes sur l'origine du péché et de la damnation.
Qu'est-ce que la femme ? " lisons-nous dans une ancienne w -struction religieuse importée d Orient en Russie. « Un fiilet pour la séduction des hommes ; avec son visage clair, avec ses yeux haut placés elle exerce des sortilèges... Qu'estce que la femme ? Le lit d une vipère. » L Eve du monde Il /'zantin est lètre " douze fois impur " et toujours danger «ux. A certains jours il faut éviter de se mettre à table avecc/le, et la chair de l'animal qu elle a tué est empoisonnée. Aussi dans les campagnes moscovites du seizième siècle voiton des ménagères courant à travers le village en quête d un homme qui consente à tordre le cou de la poule quelles [lésirent mettre au pot. Plus elle est jeune et belle, plus la femme est pernicieuse et maudite. Aussi pour la préparation des hosties ne veut-on que des femmes âgées.
Pour atténuer le mal, pour circonscrire le péril, la claustration s'impose. « Elle est assise derrière vingt-sept serrures — elle est assise enfermée à vingt-sept clefs — pour que le vent ne revente pas, — pour que le soleil ne la brûle pas, — pour que les hardis compagnons ne la voient pas... " En ce qui concerne les femmes de haut rang, les précautions ainsi énumérées par la chanson popuhiire sont d une appHcation littérale. Placé à 1 arrière de la maison et pourvu d une entrée particulière, l'appartement d une hoiarinia est une prison dont le hoiarine garde la clef. Aucun autre homme, fùt-il pioche parent, n'y peut pénétrer. Les fenêtres donnent sur une cour intérieure protégée contre les regards indiscrets par une haute palissade. C'est le promenoir de la geôle. D'ordi-