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LES BANQUETS

des groupes, des communautés et portant le nom de brattchiny (hrat : frère) . Entre parents et amis on festoyait à l'occasion des grandes fêtes et des grands événements de famille, mariages, baptêmes, enterrements. A la cour, on donnait des banquets pour le couronnement, l'installation d'un nouveau Métropolite, la réception des ambassadeurs étranp-ers. La question des places à occuper prenait une importance énorme dans toutes ces réunions et donnait lieu à des querelles, parfois à des rixes sanglantes, bien qu'il fût de bon ton de se faire prier pour prendre au baut bout de la table le siège auquel on avait droit. On mangeait habituellement à deux d'un même plat, en y puisant avec les doigts et en déposant les os sur les assiettes qui ne servaient qu'à cet usage et n'étaient pas changées pendant le repas. L'amphitryon distribuait le pain et le sel et envoyait aux invités de marque quelques morceaux de choix. La quantité des services était inimaginable, et, jointe à l'assaisonnement singulier de la plupart des mets, à lodeur d'ail, d oignon et de poisson pourri remplissant bientôt l'atmosphère, à 1 abus des libations obligatoires et aux incongruités que se permettaient la plupart des convives, la durée des repas dev^enait insupportable aux étrangers. Il n'était pas rare que, mangeant à part, les femmes elles-mêmes fussent ramenées chez elles sans connaissance, et l'hôtesse envovant le lendemain prendre de leurs nouvelles, il était bienséant qu'elles répondissent en faisant valoir les charmes de 1 hospitalité reçue : « J'étais si gaie hier que je ne sais pas comment je suis revenue chez moi. "

Chez les gens dévots, des pratiques religieuses se mêlaient étrangement à ces ripailles; le clergé, invité et mis à la place d honneur, payait son écot en prières et cérémonies diverses, l)énédiction des mets et des boissons, encens brûlé dans toutes les pièces de la maison. Parfois, à l'exemple de ce qui se passait dans les monastères, un ostensoir était placé sur la table avec " l'hostie de la Sainte Vierge " . On interrompait le repas pour chanter des cantiques. Dans laiilichambre, on donnait à manger à des mendiants; on en mettait même quelques-uns

avec les autres convives. Dans d'autres maisons, au contraire, le banquet tournait à l'orgie. La consigne du terem étant -riolée, les sexes se mêlaient. Des joueurs d'instruments et des jongleurs mettaient la compagnie en joie. Des chansons obscènes éclataient.

Chez les paysans, le banquet prenait le nom de « bière particulière » , parce qu'il supposait la permission, exceptionnellement accordée, de préparer les boissons fortes, bière, trempe, hydromel, objets d'un monopole. On obtenait cette permission pour trois jours ou même pour une semaine entière à l'occasion des grandes fêtes, après quoi les. agents du fisc mettaient les boissons sous scellés jusqu'à la fête prochaine.

Les hrattchiny s'appelaient aussi ssypnyié (de ssypat : verser ensemble). Anciennement, les cotisations étaient probablement acquittées en blé versé au tas. Sous la présidence d'un siaroste élu, ces banquets collectifs jouissaient d'une autonomie judiciaire, dont les vestiges se sont conservés jusqu'au dixseptième siècle; c'est-à-dire que les querelles entre participants de ces réunions échappaient à la juridiction ordinaire. Le proverbe : " Avec cet homme, nous ne brasserons pas de bière » , indique le caractère de ces agapes comme symbole d'action en commun, d'alliance. Paysans et seigneurs s'y rencontraient sur un pied d'égalité parfaite; mais plus souvent encore que dans les réunions privées, des scènes de désordre, des rixes, des meurtres même s'y produisaient. Aussi, les oens pieux s'en abstenaient généralement. On y buvait démesurément. Vladimir avait déjà dit: " Roussi vésélé pili ; — nié mojetbez tavo byli. » (La joie de la Russie est de boire; — elle ne saurait s'en passer.) Joie, tendresse, sympathie, toute une pamme de sentiments trouvait son expression dans la boisson. On s'enivrait à mort pour témoigner son amitié à un hôte ou à un compagnon plaisant. On mangeait de même jusqu'à éclater, avalant les têtes de brochet à l'ail, les potages de poisson au safran, les rognons de lièvre au lait et au gingembre; une cuisine de haut goût, épicée à l'excès, brùlantle palais et sollicitant les libations copieuses. Les vins en usage

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