INTEMPERANCE
étaient les crus de la Hongrie et du Rhin, difficiles à reconnaître parfois sous leurs noms défigurés, comme le Petersemen, lisez : Peter Simons Wein, vin rhénan importé par le marchand hollandais Pierre Simon ; les vins français rouges ou blancs; les vins de Bourgogne, parmi lesquels figurait sans doute le Romanée sous le nom de Romaneïa qui, aujourd hui, dans les cabarets russes, sert à désigner une liqueur rouge préparée avec de l'eau-de-vie de grain et des baies ; le malvoisie, lalicante et divers autres vins d Espagne. Les vins de France étaient plus spécialement employés par 1 Église. On faisait venir aussi de l'étranger des eaux-de-vie en grande quantité et des vinaigres de Romanée et du Rhin. La boisson commune du peuple était le kvass ; lltalien Tetaldi parle cependant d'une autre préparation usuelle, dans laquelle entrait de la farine d avoine séchée — le tolokno comme on rappelait. Mais les sources russes n en font mention qu'en qualité d aliment.
Sur l'extension des habitudes d intempérance ainsi révélées, les témoignages sont d ailleurs aussi discordants que sur le reste. Au dire de lAnglais Jenkinson, Ivan lY n aurait pas eu besoin de boire pour que toute la Russie fut ivre, tandis qu'un mémoire, rédigé à Lubeck eu 1567, à 1 occasion de l'envoi projeté d'une ambassade allemande à la cour du même prince, contient des indications absolument contraires. Il v est recommandé aux ambassadeurs de faire preuve dune grande sobriété, car livrognerie est considérée en Moscovie comme le plus grand des vices. Et l'auteur du mémoire est un négociant qui a fait un assez long séjour à Moscou. Torsten, la Question de la Baltique, I, 475.) Le Lithuanien Michalon, témoin assurément impartial, donne la même note, en ajoutant, il est vrai, que les cabarets sont inconnus dans le pays, assertion matériellement inexacte. D après Tetaldi, vers la fin du règne d Ivan IV, la vente des spiritueux n était autorisée que dans un faubourg de Moscou, dont Herberstein, Guagnino et Olearius font aussi mention en en estropiant diversement le nom, dont ils rattachent létvmolo.fïie au mot nalivat :
verser. Le vrai nom était Nalivki, et remplacement compris dans l'enceinte actuelle de la ville est marqué par une église de la Transfijjuration que l'on appelle encore na JSalivkahh (aux NalivkiJ, Le commerce des boissons fortes semble en effet avoir été centralisé à un certain moment dans cette dépendance de l'ancienne capitale, en même temps cependant que les autres villes et les villages jouissaient d une liberté entière, à la faveur des cabarets multipliés partout dans 1 intérêt du fisc. Sur ce point, comme sur beaucoup d autres, les intérêts profanes entraient en conflit avec les préceptes d'une morale contrariante et déterminaient des compromis qui ont pu tromper les observateurs.
L'Église, on le devine, faisait la guerre aux kabaks ; mais à un point de vue général, s'il faut s'en rapporter à son propre témoignage, ses recommandations et ses anathèmes n'avaient qu une efficacité médiocre. Le concile de 1551 nous a laissé un tableau des mœurs qui, dans les classes populaires surtout, est révélateur d'une dissolution extrême. Au cours de certaines réunions nocturnes, confondant la commémoration des anniversaires chrétiens et le culte des traditions païennes, la Saint-Jean et la fête de larilo — le Priape slave — livresse favorisait toutes les autres formes de la débauche. Hommes et femmes, garçons et fillettes passaient la nuit en quelque lieu écarté, dansant, chantant, se livrant à tous les excès, et, lisons-nous dans les procès-verbaux de l'illustre assemblée, nà l'aube, ils courent à la rivière comme des fous en poussant de grands cris; ils se baignent péle-mèle, et, quand on sonne pour les matines, ils retournent à leurs maisons et tombent d'épuisement comme des morts » . L insistance des membres du concile et de tous les écrivains ecclésiastiques du temps sur le péché de sodomie est également significative.
Mais l'Église, nous le savons, était très, trop exigeante. Elle confondait de son côté dans une sévérité excessive et condamnait toutes les formes de la sociabilité. Comme le plaisir, 1 art profane tombait lui-même sous son interdit. Elle faisait aussi la guerre aux skomorokhy. l'no légende populaire, à base rc!i-