LA MERE D'IVAN
Traité d'adultère par les « moines de delà le Volga » ,' ce second mariage menaça cependant de ne pas être mieux béni par le ciel que le premier. On parlait déjà d'un fils dont Salomé aurait accouché dans son monastère. Enfin, les prières d'un moine plus indulgent, Paphnuce Borovski, déclaré thaumaturge et canonisé plus tard en récompense de ce miracle, furent exaucées. Hélène mit au monde l'héritier attendu. Trois années plus tard, le 15 octobre 1533, elle accoucha d'un second fils, Georges, et aussitôt elle fut veuve. Ivan III avait modifié l'ordre de succession, qui anciennement faisait passer le trône aux frères du souverain défunt. La régence du moins aurait dû leur appartenir. Il est douteux que Vassili ait laissé une disposition contraire. Mais issue d'une race d'aventuriers, énergique, ambitieuse, Hélène disposait d un parti puissant et sut s'en prévaloir pour prendre et garder le pouvoir.
Elle eut le double tort de ne pas vouloir le partager avec son oncle, qui était un homme habile, et d'en offrir la plus grande part à son amant, le prince Telepniév-Obolenski, qui n'était qu'un brouillon. Des troubles éclatèrent bientôt. Quand Hélène eut mis en prison son oncle et un frère de Vassili, Georges, qui lui disputaient la direction des affaires, elle se trouva aux prises avec un autre beau-frère, André, qui, ayant reçu Staritsa en apanage, se déclarait mécontent de son lot. Elle fut à la veille d'une guerre civile, et ne s'en tira qu au moyen d'un guet-apens où le prince se laissa prendre. Il alla à son tour dans un de ces cachots moscovites dont on sortait rarement. La faim et la pesanteur des chaînes dont on le chargea y hâtèrent sa fin, tandis que ses partisans garnissaient, au nombre d'une trentaine, des gibets espacés sur la route de Moscou à Novgorod. Novgorod avait fait mine de prêter main-forte au vaincu.
Hélène se débattit ainsi quelques années, obligée de faire tête encore aux adversaires du dehors. Polonais et Tatares s' unissant pour profiter de la faiblesse de son gouvernement. Ea 131i8, ses ennemis intérieurs usèrent, croit-on, du poison,
et Ivan fut orphelin. Le pouvoir tomba alors aux mains des boïars et l'oligarchie se traduisit en anarchie.