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SUR LA PLACE ROUGE

à fait clair. « J'ai recommandé, disait-il, à mes boïars, fonclionnaires et ^gouverneurs de province de se réconcilier avec tous les chrétiens de l empire. " En rapprochant et en serrant les textes, on arrive à une conjecture plausible : l'assemblée de 1550 n'était qu'une réunion de fonctionnaires ^ et un incident de la vie administrative au sein de cette orjjanisation, dont j'ai esquissé plus haut les traits et dont le fils de Vassili n'a jamais songé à modifier le caractère.

Faire appel au peuple contre ses boïars, c est-à-dire contre ses fonctionnaires, Ivan y song^eait si peu à ce moment que, tout en les vitupérant avec véhémence, c'est à eux et à eux seuls qu'il adressait ses invectives. Son discours de la place Roufl^e était une apostrophe ad homines avec emploi de la troisième personne. Le peuple, qu'en aurait-il fait et où l'aurait-il pris d'abord ? J'entends des hommes de cette classe capables de comprendre quelque chose à des problèmes de cet ordre. Encore moins en pouvait-il trouver qui fussent propres à mieux faire la besogne que les autres faisaient si mal.

Mais alors qu'avait-il en tète ? Ceci : sans toucher au sys- j^ tème du « service » ni aux sloujiljié lioudi qui en faisaient depuis de longues années un abus terrible, Ivan espérait amender le fonctionnement de la machine en prenant en main le commandement des rouages et en en confiant quelques-uns à des créatures de son choix. D'où lannonce de son intervention personnelle en qualité de justicier suprême, et l'appel aux services d'Adachev. Voilà pour l'avenir. Pour le passé, comme " on ne pouvait tout réparer " , il s agissait de passer l'éponge sur un tableau trop chargé. Il y avait au rôle des milliers de plaintes en souffrance ; des monceaux de dossiers s'accumulaient dans l'attente d'un règlement impossible à opérer par les moyens ordinaires d'une procédure, la plus compliquée et la plus lente qui fut jamais. « Le triomphe de la vertu et de l'amour " , comme la » réconciliation avec tous les chrétiens de l'empire » , signifiaient donc, dans la phraséologie de l'époque, simplement le remplacement de

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cette procédure interminable par un arrangement à l'amiable. Un délai assez court avait sans doute été fixé pour cet objet, car, en 1551, Ivan était déjà en mesure d'annoncer l'accommodement réalisé de toutes les affaires précédemment pendantes.

La convocation d'assemblées populaires au sens propre du mot n'entrait pas dans le plan de l'édifice politique dont Ivan avait hérité et qu'il ne visait aucunement à détruire, sauf à en modifier plus tard l'aménagement en l'appropriant à des besoins nouveaux. Une institution d'ordre parlementaire n'y pouvait trouver de place, et il s'agissait si peu de l'y introduire que les représentants de 1 oligarchie aristocratique, Kourbski en tête, ne se prononçaient nullement contre le principe des réunions périodiques sur le modèle de cello de 1550, n'y voyant apparemment qu'un expédient d'ordre administratif et judiciaire. Quelques-uns, tel l'auteur d'un pamphlet politique qui eut à cette époque un grand retentissement et sur lequel j'aurai à revenir, — l'Entretien des thaumaturges de Vcdaam, — proposaient même de constituer en permanence ce genre particulier de consultation.

L'essai de convocation ne fut renouvelé cependant qu'en 1566 et dans un but précis, comme précédemment: l'examen des démêlés avec la Pologne. La liste officielle des membres de cette seconde assemblée nous est parvenue. Elle comprend trente-deux représentants du haut clergé, deux cent cinquante-huit boiars ou enfants de boïars, hauts et bas fonctionnaires, neuf propriétaires fonciers, cinquante-trois marchands de Moscou, vingt-deux marchands de Smolensk ou ayant des affaires avec cette ville et indiqués sous l'appellation frénérique de smolianié. Nulle trace encore d'élément populaire. Un conseil « d'hommes de service » avec adjonction de quelques compétences spéciales, les relations avec la Pologne intéressant le commerce et plus particulièrement les commerçants de la région frontière. Nulle apparence aussi d'un retour à la tradition des anciens vietchic, ou d'un appel à la tradition des assemblées représentatives de l'Occident.

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